PHILOSOPHIE DU DEVELOPPEMENT

Prof. François Assi ADOPO

Le lundi 07 septembre 2009, le professeur François Assi ADOPO a donné une conférence sur le thème PHILOSOPHIE DU DEVELOPPEMENT au CENTRE DE RECHERCHE EN THEOLOGIE ET DEVELOPPEMENT de Yamoussoukro. C’est la Leçon inaugurale de la rentrée académique à L’ISTAY, Institut Saint Thomas d’Aquin de Yamoussoukro. Dans ce qu’il a appelé une réflexion personnelle sur le développement, il s’est attelé à mener une étude historico-philosophique du phénomène du développement couronnée par une anthropologie du développement. Vu la longueur et la densité de cette communication, nous avons jugé bon de vous livrer en deux publications les grands extraits de son discours.

Les premiers extraits sont rendus publics ce 10 septembre. Ils mettent l’accent sur l’analyse critique du concept de développement. Pour le professeur ADOPO, le sous-développement ne saurait être une étape antérieure au développement. Il n’y a ni un avant, ni un après-développement, affirme-t-il. Récusant les présupposés idéologiques et l’occidentalisation du développement, le professeur ADOPO a fait remarquer que « dès qu’il y a eu l’homme, il y a eu développement et aucun peuple n’est resté à l’état de nature ». Et tout semble se passer comme si l’humain par les découvertes qu’il opère pour mieux vivre est paradoxalement entrain de fournir les armes de sa propre destruction, observe-t-il. L’homme machine est un être sans âme et sans état d’âme, un objet pur, privé de conscience, collé à la matière, vivant dans l’immédiateté, peu soucieux de la transcendance qui permet à l’humain de s’élever, de sortir de l’enfermement ou de la clôture ontologique.

La deuxième partie de cette conférence sera publiée ce 23 septembre. Le professeur y analyse  les fondements philosophiques et anthropologiques du développement. Pour lui, comme pour Vincent Cosmao, « changer le monde » est un besoin éminemment humain qui passe par une réelle prise de  conscience des enjeux d’un changement qualitatif de la vie de l’homme. Seul un développement à visage humain peut conduire à la construction d’un monde plus juste.

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PREMIERE PARTIE

Tout a été dit ou presque du développement, sur le développement et comment le développement a été mené depuis bientôt un demi-siècle. Les obstacles qui se sont dressés sur le chemin du développement, ont été dénoncés. Des politiques d’aides au développement ont été élaborées pour conduire les non développés, les sociétés périphériques ou sous-développés sur le chemin du développement. On a prôné le rétablissement d’un nouvel ordre économique (les années 70-80) face au gâchis et à la gabegie que suscite le développement  de type  occidental ; des plans d’ajustement structurel ont été pensés en guise de  thérapie pour reconstituer, revitaliser, « donner un coup de fouet » aux économies saccagées, moribondes, in-opératoires des pays du Sud, tout  cela en vue de réduire,  peut-être, l’écart devenu trop important entre pays riches et pays pauvres. Mais le constat est clair et net : le fossé entre pays pauvres et riches se creuse davantage, la distance entre riches ou encore développés et sous-développés est incommensurable, les riches ne cessant de s’enrichir, les pauvres, plongés de plus de plus dans la spirale de la misère, pris dans les méandres de la pauvreté.

Les pays du sud, notamment ceux d’Afrique, traînent inlassablement les pieds et éprouvent un mal fou à décoller, alors que les pays d’Asie tels que la Chine, la Corée (en ce début du troisième millénaire) regagnent  avec  assurance  le peloton des  pays dits développés; devant ce déséquilibre et l’écart entre les riches et les pauvres, la croissance et la richesse  sont toujours célébrées, la pauvreté condamnée.

Pourquoi condamne-t-on la pauvreté sans condamner la richesse et le capitalisme qui les génère ? Y a-t-il quelque chose à faire ? Si oui alors, que faire, quoi faire ? Et comment s’y prendre ? S’il y a quelque chose à faire cela revient à s’interroger sur les conditions ou les mécanismes qui engendrent le sous développement comme processus de rupture, d’éclatement survenu à un moment donné de l’évolution, du développement des hommes. Car dès qu’il y a eu l’homme, il y a eu développement et aucun peuple n’est resté à l’état de nature. Ce qui par contre est vrai, c’est que des peuples entiers par le jeu de l’histoire sont, de gré ou de force, entrés en sous développement, certains refusant apparemment d’y sortir. Comment alors amener les peuples qui sont entrés en sous développement, comme on entre en religion, et qui se sont laissés prendre dans les mailles du sous-développement, qui engendre misère et pauvreté, à sortir de cette situation de sous-développés que tous les hommes condamnent ? Comment vaincre ou venir à bout de l’écart, de la  séparation  entre riches et pauvres ? De quelle nature est cette séparation ? Qu’est ce qui la consacre et la maintient aujourd’hui ?

Apparemment, la nature de cette séparation est plus scientifique,  plus technique qu’ontologique. Elle est naturelle et culturelle. Dit autrement, la séparation ici n’est ni d’ordre ontologique ni génétique. Ce qui suppose que dans les faits on ne naît pas naturellement sous-développés ou pauvres (comme on naît naturellement esclave chez Aristote) mais que l’on peut choisir de devenir  sous-développés, comme on peut choisir de passer de l’état de « sous-développés » à celui de « développé ». En théorie, choisir de passer de l’état de « sous-développé »  à celui de « développé » n’est pas du tout  impossible. Tout  semble être  question de choix de volonté à manifester pour rompre les chaînes du « sous-développement » comme  le défi  à relever (…)

Si la troisième guerre mondiale n’a pas eu lieu, le monde  n’est pourtant pas à l’abri de la menace d’une guerre; le monde en effet  est encore sous la menace d’une guerre que peut provoquer imprudemment l’homme lui-même, « maître et possesseur incontesté de la nature » dont il prétend avoir découvert les lois de fonctionnement dans leur intégralité  du fait qu’il est le seul être dans la sphère du monde sublunaire à posséder la raison, à pouvoir développer la tecknè, dont il s’est rendu maître, comme il a su se rendre aujourd’hui, par le biais de cette même maîtrise, maître en domestiquant l’atome. L’énergie nucléaire qui en est la résultante, est devenu un objet de domination, une menace, voire une arme terrible au service des pays. Ces derniers, grâce aux sciences et à la  technologie qui ont accompagné  cette  aventure conduite par une partie du monde, vont asseoir leur suprématie et exercer l’hégémonie sur le reste du globe. L’une des forces du monde occidental, détenteur des sciences et de techniques, c’est d’avoir découvert le reste du monde, ses merveilles et  de s‘être approprié  une bonne partie de  ces merveilles. Face à tout cela, il se pose ici la question fondamentale de « sauver »  le cosmos (au sens grec du terme), tout ce qu’il contient et qui respire, de la destruction, de la possible déflagration généralisée du lieu habité par l’homme et des autres espèces vivantes.

1.     Sauver le cosmos

Sauver le cosmos devient  une tâche d’autant plus nécessaire, prend les allures aujourd’hui d’un « impératif catégorique », que la révolution technoscientifique conduite par les technoscientifiques. Ils semblent  avoir  fait l’option de servir les fins de la science, et de la technique et de se mettre au service de la productivité et de la croissance en pratiquant la science pour la science, c’est-à-dire sans autre souci que de faire de la science. Malgré les progrès impressionnants qu’elle a permis à l’homme d’accomplir, la science représente en bien des points, pour l’homme et le vivant, un véritable danger. La science en elle-même et pour elle-même, sans se soucier  nécessairement  des conséquences  néfastes  sur la vie des  hommes et des autres vivants, une science sans éthique, pour ainsi dire, qui conduit à un développement sans éthique n’est-elle pas  une menace  pour l’homme et le vivant dans leur  existence ? Si oui alors la science sans conscience n’est pas seulement  que ruine  de l’âme  mais  elle est l’occasion que s’offre l’homme pour détruire l’homme, tout ce qui vit et respire. C’est ce qu’ont montré le triste spectacle de Tchernobile et, ailleurs dans le monde industrialisé, les accidents que provoque le nucléaire.

Tout semble se passer  comme si l’humain  par les découvertes qu’il opère  pour mieux vivre est paradoxalement  entrain de fournir  les armes de sa propre destruction. G. Marcel pourrait donc dire que la technique loin de procurer le bonheur à l’homme est un instrument fabriqué, inventé par l’homme pour lutter contre l’humain.

L’on est en droit de réitérer les questions que se sont posé maints philosophes sur le progrès accompli par l’homme  et l’orientation à lui donner dans le cadre du développement acquis  sur la base de la techno science. L’avènement de la technique dont parle G. Marcel est un développement qui génère concomitamment le progrès et l’angoisse, un développement qui provoque le tourment, le trouble, et contraint l’humain à la peur, au « désespoir » (G. Marcel). Comment peut-on vivre dans le progrès ou vivre du progrès en étant inquiet, angoissé, désespéré, anxieux, bref divisé d’avec soi-même, des autres et de son environnement ? Dit autrement, la techno science, dont l’une des faces visibles semble être la machine serait-elle devenue l’instrument qui détruit l’humain en l’arrachant à la transcendance ? L’instrument instaurant à partir de l’Avoir qu’elle permet d’acquérir, la séparation ontologique, éloignant ainsi l’homme de la question fondamentale qui est celle de l’Etre à conquérir, de l’Etre à bâtir avec l’autre être, pour construire la cité des hommes pour vivre ensemble, pour cohabiter. La cohabitation étant un moment de célébration, d’assomption des êtres dans le partage des différents êtres, de différentes altérités, un moment de comm-union qui est occasion offerte à l’homme de tendre la main à l’autre homme, vers l’autre être. C’est aussi le moment de contempler son visage, le regard fixé sur lui comme pour l’inviter au dialogue, à la célébration de la vie comme don donné, cet autre être qui me réclame l’être et de l’être, me commandant de ne point le dés-humaniser, de ne point lui ôter son humanité, de ne point nier son humanité, de ne point le tuer. Si l’Avoir contraint à l’égoïsme, à la solitude et à l’enferment de soi sur soi dans un monde ou l’on a tout, la conquête de l’être au contraire est ouverture de soi, exode vers l’autre être pour un plus être : elle est co-rédemption.

Le risque que l’on court avec le développement accompli uniquement sur la base de la techno science, qui fait l’apologie de la machine et célèbre ses bienfaits, réside finalement dans le fait qu’il est fermeture de l’homme sur lui–même ; enfermé sur lui-même, l’homme ne peut vivre qu’esseulé, aveuglé par le désir insatiable de l’Avoir, vidé du désir d’être qui le fait humain avec l’autre homme. Privé de ce désir d’être, dans une situation d’enfermement, de clôture sur soi, l’humain plongé dans l’unique avoir ne peut réagir que comme chose, comme machine. L’homme machine est un être sans âme et sans état d’âme, un objet pur, privé de conscience, collé à la matière, vivant dans l’immédiateté, peu soucieux de la transcendance qui permet à l’humain de s’élever, de sortir de l’enfermement ou de la clôture ontologique, donc de la séparation ontologique, en retrouvant, ne serait-ce qu’un court instant, l’unité de son être avec l’autre, son altérité ego, celui qui participe à son  développement, à son bonheur, à son arêtè. Le risque finalement, c’est l’oubli de l’homme comme être transcendant ou qui participe de la transcendance (…)

2.     L’ère du développement : contre l’occidentalisation  du développement.

A partir de 1949, plus de deux milliards d’habitants de la planète vont le plus souvent à leur insu changer de nom, et être considérés « officiellement», comme des « sous développés ». Ils apparaîtront comme tels dans le regard des Occidentaux, ceux qui possèdent les  sciences et les techniques et contrôlent  les moyens de production et distribution des biens matériels et la croissance. Et ils ont su imposer leurs  sciences et se sont du coup imposés aux peuples qui ont subi la défaite, l’ont acceptée. Cette situation les confinant dans les murs des  peuples sous-développés, condamnés à évoluer loin des sciences et des techniques ayant pour compagnes fidèles la misère et la pauvreté. D’un point de vue théorique, l’occidentalisation du développement désigne cette aventure entreprise par l’occident détenteur  de la science et de la technique qui  s’est donné la mission de voler au secours des  nations qui n’ont ni science ni technique, les pays sous développés, pour leur permettre d’atteindre au bonheur, l’horizon visé par le développement.

Ces peuples désignés sous-développés, pour sortir du sous-développement qu’ils vivent comme un manque, un retard à rattraper, seront commis à la tâche de rechercher leur occidentalisation en faisant fi de leurs propres valeurs  pour se placer dans la peau du sous-développé, attendant que le salut, la rédemption vienne de l’Occident  généreux, pourvoyeur de biens. Cette situation qui fait du sous-développé celui qui attend patiemment l’aide en provenance de l’Occident, tel un oisillon attendant le retour de sa mère oiseau pour lui offrir le repas journalier dont il a besoin, consacre la suprématie du développé sur le sous-développé ainsi que l’infériorité et la dépendance du sous-développé ou de celui que les rapports de force, de domination présentent comme tel, c’est-à-dire sous-développé.

Cette « définition » fut acceptée par ceux qui étaient alors à la tête d’États indépendants, car c’était une manière pour eux d’affirmer leur prétention à bénéficier de l’ « aide » qui devait conduire au « développement », à la croissance. Pour ceux qui étaient colonisés, c’était une façon d’affirmer l’égalité juridique qui leur était refusée. En apparence, ils avaient tout à gagner : la respectabilité et la prospérité.

3.     Le sous-développement

Le concept de sous développement et de sous-développés  est apparu pour la première fois  donc avec le  PR Truman. Il  a été  forgé  dans un contexte  précis  pour  répondre historiquement  à des besoins idéologiques , politiques  et économiques :  apporter la paix , le bonheur , la prospérité au reste  du monde  qui ignore  la science et la technique  . Le sous-développement  dans  cette logique traduit l’état d’un manque, le développement scientifique et technique comme  l’unique alternative  pour venir à bout de ce manque.

En présentant le sous-développement comme un état de manque, un état de pauvreté matérielle,  une sorte de déficit  matériel que l’on peut combler par un ensemble de mesures techniques : utilisation du savoir scientifique, croissance de la productivité, intensification des échanges internationaux et financiers(  milliers de dollars versés dans les caisses des pays  sous-développés sous forme de prêts et d’interventions techniques…), l’idéologie qui accompagne les théories  du développement  impose  ici  un ordre, un certain  ordre qui ordonne la question du développement essentiellement  autour  des insuffisances  matérielles et techniques, en  faisant de  ce manque, de ces insuffisances des données  objectives  que  la science et la technique  peuvent  objectivement permettre de vaincre (…)

4.     Le sous-développement n’est pas une étape antérieure au développement.

Il n’ y a ni un avant ni un après au développement. Le sous développement n’est pas de l’ordre du temps même s’il est vrai qu’une partie de la population du monde, désignée sous- développée, vit dans le temps, à un moment donné du temps, même si la vie et l’expérience de ces peuples s’inscrivent  évidement dans le temps. Mais dans les faits, il n’y a pas une étape qui précéderait le développement, qu’on appellerait  état de sous-développement, qui serait un moment par lequel les sociétés humaines doivent  nécessairement passer pour atteindre au développement  comme projet de bonheur. Avec cette conséquence  importante que  le sous-développement n’est pas un simple état de manque, cela veut dire  logiquement que celui  qu’on désigne sous développé n’est pas donc ontologiquement marqué et ne porte pas les marques cicatricielles  du sous-développement comme expression d’une sorte de déficience ontologique qui le condamnerait à n’évoluer que dans le labyrinthe du sous-développement, à poser des actes de sous-développés, à  penser en sous développés, incapable de passer du stade du sous-développé à celui de développé.  Bref le sous développement  n’est pas une sorte d’état de nature (J .J. Rousseau) par laquelle il faut passer pour atteindre la société civile , la société développée.

Par contre le sous-développement des autres peuples est la manifestation d’une rupture, d’une cassure intervenue dans l’histoire des peuples alors en mouvement, en plein développement, qui sont entrés en collusion avec l’Occident conquérant, dévastateur et saccageur, qui par sa technique a  vaincu, défait ces peuples sur leur propre terrain, les contraignant ainsi à abandonner de gré ou de force la voie de leur développement, celui qu’ils se sont choisis, au terme d’une série de transformations, de mutations (parce que tous les  peuples sont en devenir et se forgent un avenir : aucune société humaine ne vit à l’état de nature, les sociétés humaines ayant chacune procédé à leur propre révolution  et entamé des pas  pour le progrès). Dès qu’il y a eu l’homme sur la terre, il y a eu développement, c’est-à-dire mise en mouvement (au sens aristotélicien du terme), travail, volonté de dominer son  environnement, notamment la terre et ce qu’elle renferme « pour en être  maître  et possesseur ». De ce point de vue, tous les peuples de la terre ont  été ou  sont en développement. Cela veut dire  que dans ce processus, ce que l’on a appelé le « sous-développement » n’est pas une étape indispensable, état préalable par lequel il faut nécessairement passer pour atteindre le Développement comme terme visé.

Le sous-développement, on reprend ici l’idée, semble intervenir donc dans un contexte historique de défaite, de déroute qui a freiné le développement des autres et qui dressa le lit au vainqueur. Ce dernier a acquis la victoire grâce à la  supériorité de sa science et à sa technique sur celles des vaincus. Loin de résulter ou d’être la conséquence d’un manque, d’un déficit matériel que l’on peut combler comme l’a longtemps cru l’économisme, le sous-développement intervient dans ce contexte historique précis qui consacre la victoire technoscientifique des uns, la défaite et la capitulation des autres. Défaite qui a rendu possible ce que nous appelions  plus l’éclatement, la déstructuration des sociétés, en les attelant à l’Occident comme la charrue est attelée au cheval, les wagons attelés à la locomotive.

Désormais, c’est sur la base de cette situation  de  déroute avérée, acceptée tacitement de part et d’autre, que va s’installer un type particulier de rapport, que naîtront des pratiques régies selon les lois qui gouvernent les relations entre dominé et dominant ; un rapport de force qui semble toujours pencher en faveur des  dominants. Si  le sous-développement persiste et s’enracine et a encore de beaux jours devant lui, c’est qu’on n’a pas encore pris la juste mesure de la situation. Il s’agit de multiples liens créés, par des circonstances historiques, qui ont induit des pratiques socioculturelles, maintenant dans la subordination, dans la dépendance et dans l’inégalité des populations entières. Il s’agit de nœuds à défaire, à dénouer, de stratégies de conscientisation, d’éducation à élaborer pour sortir les peuples du sous-développement, et non de retard, fut-il technologique, à rattraper.

En peu de mots, disons que comme il n’y a ni un avant, ni un après au développement, le sous développement n’est pas non plus la conséquence d’un simple manque matériel, mais qu’il y a plutôt des circonstances qui ont engendré et engendrent encore le sous-développement, au nombre desquelles le développement des uns, ceux qui ont réussi mais dont le développement se nourrit, se développe et tire curieusement profit du sous-développement des autres, le sous-développement chronique des populations défaites, désorientées par la révolution technoscientifique qui éprouvent encore un mal fou à se réveiller et à tirer les conséquences de cette défaite historique. Le glas du sous-développement n’a pas visiblement encore sonné. L’aurore du développement pour tous ne s’est pas encore levée. C’est le triste spectacle que nous offre l’état du monde, un monde que le langage des forts répartit radicalement selon des critères économiques en pays développés et en sous-développés, l’écart allant se creusant entre ces deux mondes. Sur ce plan le développement est à poursuivre. C’est pourquoi il importe donc de parler de développement et encore de développement et non d’un après développement. Ne pas le faire, c’est se voiler la face en se laissant faire prendre aux pièges de la parole humaine, aux jeux de la parole.

LIRE LA SUITE, UNE ANTHROPOLOGIE DU DEVELOPPEMENT

PEUT-ON REINVENTER LE CONCEPT DE DEVELOPPEMENT ?

Présentation : Emmanuel Sena AVONYO, op

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7 responses to this post.

  1. merci pour ce beau texte que tu as produit

    Réponse

  2. Posted by Mave on 11 septembre 2009 at 10:22

    C’est bien de mettre la philosophie au service du développement. La critique de la philosophie doit interroger notre vécu pour nous appeler à une plus grande humanité. Le développement est une imposture, mais le réalisme impose de reconnaître que nous avons du chemin à faire pour construire nos pays, nos infrastructures et notre vie politique. Le développement est à venir, n’est pas professeur ?

    Réponse

  3. Posted by Lucien Koffi on 12 septembre 2009 at 20:59

    Merci professeur pour la profondeur de votre analyse. Sur le développement, je crois que les philosophes doivent d’avantage se prononcer. Ce n’est pas seulement l’affaire des économistes. Une bonne critique du phénomène est un préalable à son réajustement. Car la question du développement ne peut pas se poser de la même manière en Occident qu’en Afrique.

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  4. Posted by Dansou Sylvain on 6 avril 2011 at 00:22

    Merci pour la qualité et la densité de la réflexion.Parler de philosophie du développement, c’est aussi envisager la philosophie du point de vue de son efficience, liée à son utilité pratique. La philosophie n’est pas un vain exercice de spéculation. Parler donc philosophie, philosophie sociale ou sociétale en tant qu’elle est au service du déveleppement intégral. Pour l’Afrique, le développement passe par cette résistance à ses super puissances hégémoniques et dominatrices, à ces républiques assoiffées de conquêtes ou de reconquêtes coloniales…

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  5. Posted by DEGNI Fidèle on 26 février 2012 at 08:33

    Elle tellement intéressante, cette belle production qui doit amener les africains à repenser leur développement. La lutte pour le développement de l’Afrique sera plus acharnée et plus consistante si nos philosophes y participent! Il faudrait également que les Africains reposent le développement sur leurs TRADITIONS.

    Réponse

  6. Posted by Pascal Safari Dionisi sj on 12 août 2012 at 11:55

    La philosophie en tant que une discipline speculative n’est pas fondee pour speculer seulement, mais pour aider les hommes a mieux comprendre les defis que la vie se pose devant eux dans les domaines de l’économie,la politique et du social pour un développment humain intergral dans la nature. La réflexion profond du prof nous rappelle de bien exploiter la richesse de la philosophie pour atteindre un développment humain. Merci beaucoup professeur pour l’inspiration, et merci de faire plus de recheches dans ce domain de la philosophie du développement.

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  7. Posted by mbuyi richard on 11 octobre 2016 at 20:54

    merci pour cette ouverture

    Réponse

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