La raison s’oppose-t-elle à la croyance religieuse ? (1)

>>>Entre foi et raison : une réfutation de l’humanisme athée

PREMIERE PARTIE

DEUXIEME PARTIE >>>Suite>>> Emmanuel AVONYO, op

La raison et la foi semblent s’installer dans une suspicieuse rivalité et une conflictuelle mutualité depuis des millénaires. L’explication rationnelle par la force des arguments paraît dénier toute objectivité à tout ce qui relève du surnaturel et du mystique. En conséquence, le domaine de la pensée rationnelle et objective est souvent présenté comme incompatible avec la croyance qui recèle un irrationnel et une subjectivité irréductibles. Il convient tout de même de se demander si la raison s’oppose vraiment à la croyance religieuse. Depuis les origines, raison et croyance religieuse ne s’imbriquent-elles pas ? Ne vont-elles pas de pair dans les mythes, dans les cosmogonies comme en science théologique ? En effet, raison et foi religieuse s’inscrivent dans la relation de complémentarité qui existe entre comprendre et croire, entre intelligence et foi. En dépit de l’abondante littérature disponible sur cette question, nous nous évertuerons encore à montrer, dans le cadre de cette réflexion à L’Academos, que sous certains rapports, raison et croyance religieuse s’opposent aussi comme le font l’objectif et le subjectif, le rationnel et l’irrationnel. Ce rapport devient davantage conflictuel lorsqu’une instance transgresse les frontières de l’autre ou cherche à s’en affranchir.

I.          CROYANCE RELIGIEUSE ET FOI

Avant de comparer raison et croyance religieuse, il nous paraît opportun d’éclairer la lanterne sur les nuances de sens entre croyance et foi. Il est important de saisir les mots croyance et foi comme des expressions dont on peut faire usage dans un champ sémantique qui ne doit rien à l’univers théologique. De même que Karl Jaspers parle de « foi philosophique » comme adhésion à une vérité fondamentale du fait de son inclination intellectuelle, l’on peut appréhender  la croyance en tant qu’un  mode particulier de connaissance. C’est dans ce sens que Bernard Lonegan affirmait que  l’appropriation que l’on fait de son héritage social, culturel et religieux est en grande partie une question de croyance […la] connaissance que l’individu acquiert par lui-même (immanently generated knowledge), n’est qu’une faible portion de ce que tout homme civilisé considère savoir. Bernard Lonegan poursuit en disant qu’on oppose souvent science et croyance, mais en fait, la croyance joue un aussi grand rôle en science que dans presque tous les autres secteurs de l’activité humaine […] Je ne puis communiquer à un autre ma faculté de juger, mais je puis lui transmettre ce que j’affirme ou ce que je nie et il peut me croire (Pour une méthode en théologie, Paris, Cerf, 1978, p. 57-59).

Cette précision faite, il va de soi que ces deux termes appartiennent en général au registre religieux . Ainsi« croyance religieuse » et  « foi » sont des notions similaires, elles relèvent de la même sphère du sacré mais comportent des différences de contenu sémantique. « Croire » (credere, faire crédit à), c’est se fier à un être sans vue directe, par un assentiment plus ou moins parfait. Ainsi, du fait de la finitude de l’homme, il est naturellement porté vers un être transcendant  qu’il considère comme l’auteur de son existence : c’est la croyance en la transcendance. Cette relation naturelle de l’homme en tant qu’animal religieux à la transcendance s’appelle la croyance. Selon Maurice Blondel, cité par André Lalande, « la croyance est le consentement effectif et pratique qui complète l’assentiment raisonnable donné à des vérités et à des êtres dont la connaissance n’épuise pas leur plénitude intérieure[1].» Cette définition de la croyance nous paraît plus proche de la croyance religieuse et de la foi à cause de l’évocation du consentement pratique et du contenu de l’assentiment.

En effet, la croyance religieuse est un autre niveau de croyance, elle est l’expression de la nature religieuse de l’homme qui se matérialise par l’attachement à une religion. Elle est un niveau faible de ce qu’on appelle « foi ». Avoir la foi, disait Jaspers, c’est vivre inspiré par l’Englobant et se laisser conduire par lui. C’est une nouvelle naissance que subit notre être dans l’acte transcendant[2]. La foi, comme une nouvelle naissance, est un acte d’adhésion à un être suprême. La foi n’est pas simple relation croyante mais adhésion effective parce qu’elle fait intervenir un contenu constitué de vérités professées et de rites. La croyance en Dieu s’appelle la foi. La foi serait, selon Jean Paul II, la reconnaissance pleine et intégrale de Dieu comme garant de la vérité révélée. Car « le Dieu qui se fait connaître dans l’autorité de sa transcendance absolue apporte aussi des motifs pour la crédibilité de ce qu’il révèle. Par la foi, l’homme donne son assentiment à ce témoignage divin.»[3]

En dépit de la mention claire de Dieu dans l’acte de foi ou la profession de foi, et malgré le fait que la relation à la transcendance ne fait pas nécessairement d’un homme un croyant, croyance et foi ne s’opposent pas pour autant à l’intérieur du croire. La foi présuppose la croyance par la lumière naturelle de la raison, elle implique la croyance religieuse, c’est-à-dire la croyance en un Etre supérieur dont le nom serait Absolu, Dieu, Allah… La foi nécessite non seulement l’adhésion à des vérités établies ou dogmes mais aussi une pratique religieuse ou cultuelle. Afin de mieux saisir cette relation d’intimité, il serait judicieux de se référer ici à Pierre-Jean Labarrière. Selon lui, croire, c’est engager d’un seul mouvement une foi et une croyance. « L’articulation entre foi et croyance est en fait l’une des clefs de l’intelligence de l’acte du croire … La croyance est objet d’enseignement et se laisse juger sur la rectitude d’une formule ; la foi est chose plus intime, plus universelle aussi dans sa dimension de fondement sans mesure ; elle désigne une attitude, un dynamisme transformant marqué de puissance créatrice.»[4]

Labarrière distingue croyance et foi qui procèdent toutes deux du croire.  Il fait remarquer le rapport de la croyance à la rectitude d’une formule et celui de la foi à une attitude, à un dynamisme créateur. Il est clair que, pour Labarrière, la foi ne se limite pas aux formules dans lesquelles elle se dit, qu’elle va jusqu’à la « chose » qui là se trouve visée, elle franchit le pas qui mène du vocable soigneusement poli à la réalité foncière en elle-même inaccessible. D’où, selon lui, la plus grande universalité de la foi par rapport à la croyance. Mais croyance et foi ne sont pas moins deux modalités complémentaires du croire. Croyance religieuse et foi traduisent la même réalité spirituelle, elles relèvent du même domaine du croire et de la sphère de la religion. Toutefois, considérer la croyance religieuse dans son rapport à la foi, n’est-ce pas pointer en direction des niveaux de la manifestation de la raison humaine dans l’acte de foi et dans la croyance ?

II.        OBJECTIVITE DE LA RAISON ET SUBJECTIVITE DE LA FOI

La raison est la faculté de connaître (Kant), de bien juger (Descartes), de discerner le vrai et le faux, le bien et le mal, de raisonner discursivement, de combiner des concepts et des propositions[5]. A ce titre, elle est considérée comme le propre de l’homme. C’est la faculté qui permet à l’homme d’atteindre naturellement certaines vérités sans se faire aider des lumières de la foi. On appelle encore raison l’intelligence en tant qu’elle est capable de mener des raisonnements ou pour autant qu’elle joue conformément à ses lois et à ses principes[6]. La raison est alors présentée comme le domaine de la connaissance objective, de la connaissance explicable par des lois universelles alors que la croyance religieuse, cultuelle ou mythique peut être subjective.

Kant permet toutefois de nuancer ces propos. La croyance selon Kant « est un fait de notre entendement susceptible de reposer sur des principes objectifs, mais qui exige aussi des causes subjectives dans l’esprit de celui qui juge.»[7] Lorsque la croyance est communicable et valable pour toute raison humaine, elle s’appelle conviction. Dans le cas contraire, elle s’appelle persuasion. Dans le vocabulaire spécifiquement religieux la conviction est synonyme de foi[8]. Que la croyance puisse avoir des fondements subjectifs et objectifs, que la foi soit communicable, cela n’en fait pas pour autant des données objectives. Du point de vue de Kant, la croyance comme valeur subjective du jugement s’appelle foi seulement au deuxième degré d’assentiment où elle est insuffisante objectivement mais suffisante subjectivement. Si elle était suffisante objectivement et subjectivement, la croyance serait un savoir.

Cette précision notionnelle faite, nous pouvons soutenir que la croyance religieuse est de l’ordre du surnaturel, qu’elle est une expérience subjective, un état de profonde conviction, une adhésion individuelle, un assentiment personnel et parfait qui exclut le doute. Exclure le doute, n’est-ce pas aussi ne point admettre d’autocritique ou de critique extérieure ? S’il est avéré que la foi jouit d’une autonomie subjective sans cependant avoir le caractère d’évidence contraignante et le degré de communicabilité du savoir rationnel,  nous comprenons pourquoi elle serait réfractaire à la critique tout en y demeurant vulnérable. Peut-être parce que la critique l’affaiblit en exposant ses failles. C’est le sentiment que l’on a en lisant Karl Jaspers qui écrivait à juste titre : « L’amer regret de ma vie, passée à rechercher la vérité, c’est que sur des points décisifs, ma discussion avec les théologiens s’arrête : ils se taisent, ils énoncent quelque formule incompréhensible, ils parlent d’autre chose, ils avancent une assertion comme absolue, ils m’encouragent amicalement… En somme, ils ne s’intéressent pas vraiment au débat. Un véritable dialogue exige pourtant que tout article de foi puisse être examiné et contesté »[9].

S’il peut être objecté à Karl Jaspers que la théologie se veut une discipline rationnelle qui n’est pas hostile aux débats sur Dieu, son point de vue a le mérite de montrer que les articles de foi sont souvent postulés et paraissent parfois indémontrables par la raison. Ils relèvent plus de la conviction et de l’assentiment parfait que de l’évidence d’une thèse irréfutable. Le débat en science théologique est bien canalisé et soumis à des conditions préalables de foi. La foi rejette le doute et part d’une adhésion ferme à son objet. Ainsi, la communication interpersonnelle en matière de théologie semble inciter la raison à s’ouvrir à la vérité révélée afin d’en accueillir le sens profond. Il s’agit d’abord de croire pour ensuite comprendre. Le refus de la critique et le caractère subjectif de la foi se complètent ici comme la discursivité de la raison et l’objectivité rationnelle. Selon cette considération, le subjectif dans la foi ne s’apparente-t-il pas à l’irrationnel ?

La position de Karl Jaspers n’est pas isolée. Un point de vue similaire est rapporté par Paul Valadier qui affirme qu’un vieux préjugé rationaliste « tient pour acquis, et tel l’un des indéracinables préjugés, que la foi religieuse est saut dans le vide, irrationalité, crédulité et pas seulement croyance, bref naïveté à quoi un esprit bien fait et droitement conduit se doit d’échapper.»[10] Si ce jugement peut paraître singulier ou sans appel, elle n’invite pas moins à reconnaître que le mécanisme de la croyance religieuse ne peut pas toujours être justifié rationnellement et requérir l’assentiment de tous. Il est effectivement difficile d’expliquer par exemple le mystère chrétien de l’incarnation à des non croyants. Dans le cas particulier des dogmes, l’on peut reprocher à la foi une certaine irrationalité, voire une crédulité naïve. Si tant est qu’il n’est pas aisé d’admettre qu’il puisse y avoir conception sans rencontre sexuelle entre l’homme et la femme, il est  tout aussi malaisé de croire à une conception sans semence masculine.

Ce qui précède permet d’établir que la raison objective s’oppose bien souvent et clairement à la croyance religieuse, elle paraît être un frein à cette dernière. Il y a comme une contradiction interne qui empêche la foi de se laisser irradier complètement par les lumières de la raison sans livrer ses armes. Et selon la foi, c’est la raison naturelle qui doit accepter les lumières de la foi. L’opposition est inévitable. Néanmoins, l’on pourra encore objecter à Jaspers et surtout à Valadier que tout ce que nous sommes incapables d’établir rigoureusement ou d’expliquer clairement n’est pas irrationnel. Si des formes de croyances peuvent être dites irrationnelles, c’est simplement à cause du fait qu’elles n’obéissent pas à la logique de la « raison rationnelle », et qu’elles s’opposent au rationnel tel que les Lumières l’entendaient. En matière de foi, n’est-ce pas le cœur qui sent Dieu, comme l’affirme Pascal ? Ne dirait-on pas en pastichant Pascal que la foi a sa raison que la raison ignore ?

LIRE LA SUITE>>>

La suite de cet article tentera d’établir ou de réfuter le caractère irrationnel ou non rationnel de la foi. Elle s’appesantira enfin sur la complémentarité entre croyance religieuse et raison.

<<< Entre foi et raison : une relecture des critiques de la religion

Peut-on réinventer le concept de développement ?

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[1] ANDRE LALANDE Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1991, pp. 198-199.

[2] KARL JASPERS, La foi philosophique, Paris, Plon, 1953, pp. 24-25.

[3] JEAN PAUL II, Fides et Ratio, n°14.

[4] PIERRE-JEAN LABARRIERE, Croire et comprendre, Approche philosophique de l’expérience chrétienne,

Les éditions du Cerf, Paris, 1999, p. 88.

[5] ANDRE LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1991, pp.  877-878.

[6] JACQUES MANTOY, Les 50 mots-clés de la philosophie contemporaine, Privat, 1971, pp. 89-90.

[7] EMMANUEL KANT, Critique de la raison pure, trad. fr. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, 2004, p. 551.

[8] ANDRE COMTE-SPONVILLE, L’Esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2006, p. 81.

[9] KARL JASPERS, La foi philosophique, Paris, Plon, 1953, p. 105.

[10] PAUL VALADIER, Un philosophe peut-il croire ? Paris, Editions Cécile Defaut, 2006, p. 9.

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40 responses to this post.

  1. Je ne pense pas que la raison s’oppose à la foi, bien au contraire j’ai envie de dire.
    La foi ou la croyance en Dieu apporte bien des réponses que la seule raison ne fournit pas.
    Pourtant, la raison peut être en désaccord avec « l’idée » ou « l’entité  » Dieu.
    Croire , d’accord ..mais en quel Dieu?
    C’est là, me semble t-il que la question: raison/foi devient confessionnellement dépendant.
    Merci

    Réponse

  2. Bonjour Yano, merci pour votre contribution à nos débats. Cet exercice de réponses ne vise pas à vous faire croire que votre point de vue doit être discuté, parce qu’il ne serait pas valable. En philosophie, tout point de vue motivé est accueilli comme de nouveaux jets pour aller ensemble plus loin dans la recherche.

    Votre intervention comprend un double intérêt :

    Premier intérêt, pour vous, la raison ne s’oppose pas à la foi, foi et raison sont confessionnellement solidaires, parce que la foi fournit des réponses que la raison ne donne pas. Vous avez raison. Cet article vise à montrer que raison et foi ne sont pas inconciliables,que la raison agit au coeur de la foi, que la raison a besoin de la foi à un moment de sa traversée pour accéder à un ordre particulier de vérités.

    De même, la foi a besoin de la raison et de ses moyens argumentatifs pour fonder solidement les vérités de foi qui s’adressent à des êtres doués de raison. Raison et foi sont donc confessionnellement et épistémologiquement (sur le plan de la connaissance de la vérité)dépendants. Mais cette collaboration a ses limites.

    La raison ne peut pas rendre raison de toutes les données de foi ; ces dernières ne s’éclairent que dans une adhésion préalable à la foi.Et vous avez raison d’ajouter que la raison peut être en désaccord avec la foi (malgré cette dépendance confessionnelle). Et la foi a parfois du mal à répondre aux questions que la raison lui pose parce que dans la foi, tout n’est pas rationnel rationnel, sinon la foi serait un savoir.La raison qui agit dans la foi est souvent une raison éclairée par la foi et qui ne peut pas s’opposer à celle sans conflits incontrolables.

    Collaboration, oui, mais aussi respect d’autonomie mutuelle. Une réponse unilatérale risque de ne pas rendre compte de toutes les subtilités de cette relation.

    Deuxième intérêt :En quel Dieu faut-il croire ?

    Il serait prétentieux de notre part de vouloir répondre à une question aussi partagée. Mais cette question impose deux limites à toute tentative de recherche. La première limite c’est qu’elle suggère que Dieu n’est pas unique ou conçu de façon univoque. Et qu’ainsi chacun choisirait le Dieu auquel adhérer.

    La deuxième limite est que la croyance semble être la chose la mieux partagée. Puisque la question ne semble plus se poser de croire ou non. Mais que croire alors ?

    Ces deux limites circonscrites, l’on pourrait s’aventurer à répondre, chacun à sa manière. Je vous propose de nous appuyer sur un paradigme essentiel du domaine de la foi : la religion.Elle n’a pas une définition uniforme, et l’objet de la religion (l’entité Dieu) est variable selon la forme de religion. La religion est un système de croyances et de pratiques qui relie les hommes entre eux et avec une instance supra-sensible, en donnant sens à leur existence subjective.

    L’on peut dire que le fait religieux prend des formes différentes d’un milieu à un autre. Dans les grands monothéismes, la question se pose avec moins d’acuité. Yahvé, Allah, Dieu de Jésus-Christ, l’objet de notre foi semble souffrir moins de polémique, toutes réserves faites. Mais là où la réponse à votre question est délicate, c’est que ce Dieu créateur et éternel, toutes les religions n’en conçoivent pas un. Le culte des ancêtres en Mélanésie ne reconnaît comme dieux que des morts qui ont connu la condition humaine et ses limites avant d’être divinisés à l’occasion de leur passage dans l’au-delà.

    Quel Dieu croire ? Fort de notre définition de la religion, cette question pourrait revenir à se demander à quelle instance se relier ? Comment donner sens à son existence subjective en société ? La question ne trouve donc pas de réponse unifiée. La divinité peut être une puissance personnelle (monothéismes) ou impersonnelle. Le bouddhisme par exemple est une religion sans divinité. Mais il y a bien croyance religieuse. Pour certains, les statues représentent des entités divines supérieures en lesquelles ils croient.

    Le paradigme de recherche que nous avons adopté nous amène à voir que la croyance en Dieu est une affaire relative qui appelle à l’esprit de tolérance et d’ouverture à l’altérité religieuse. Nous ne prétendons pas répondre une fois pour toutes à cette question transculturelle et transphilosophique. Sans dogmatisme, il faut encore se mettre en route !
    Emmanuel

    Réponse

  3. Posted by Dotsè on 4 février 2011 at 00:38

    La foi, c’est l’adhésion inébranlable de l’esprit aux déductions nécessaires de la science dans l’infinie conjectural (ELIPHAS LEVI). Il n’y a pas de foi irrationnelle et l’espérance n’est pas un savoir

    Réponse

  4. Bonjour M. Avonyo,
    J’irai droit au but: Raison et croyance « religieuse » – j’insiste – ne sont pas liées. J’aime bien le déblaiement conceptuel qui ouvre votre essai, mais je regrette le fait que vous n’ayez pas pris connaissance – ou exprimé le fait que vous l’ayez fait – des travaux de Polanyi sur la question de la croyance. Cet auteur vous aurait permis de faire la différence qui existe entre les croyances « scientifiques » et les croyances « non scientifiques » – religieuses par exemple. Vous semblez confondre – ou ne pas bien faire la distinction entre – les deux. Et Polanyi est formel: « La science repose sur des croyances » (Logic of Liberty, Chap. II), mais pas sur Dieu, ni sur toute autre entité générique, mais sur des « Croyances scientifiques ». Il serait assez flou de confondre les deux sortes de croyance, de même qu’il serait assez téméraire de réduire l’une à l’autre. Cette distinction faite, on comprend bien sur quoi – c’est à dire sur qu’elle sorte de croyance – repose la connaissance scientifique: sur les croyances scientifiques. Mais qu’est-ce qu’une croyance scientifique? Polanyi explique que la plus importante est le « naturalisme », doctrine inspirée d’Aristote et qui consiste à dire que la réalité est dans la Nature, dans le monde plutôt qu’autre part (cf. Personal Knowledge, « Scientific beliefs », « Science and reality »). Je vous donne ces références de mémoire, si vous en voulez davantage, je me ferai une joie de vous les donner, mais les articles de Polanyi sont disponibles sur Jstor.com.
    Quand vous écrivez dans le §3 de votre première section que la croyance fait partie de la « nature religieuse » de l’homme, je suis stupéfait. Permettez-vous de vous expliquer pourquoi.
    Premièrement, je doute fort que l’homme nature, c’est à qu’il y ait un homme « en soi » qui soit le prototype de tous les hommes et dont les actions peuvent être tenues comme « ce qu’il se doit de faire » c’est à dire le but à atteindre. En effet, sur le plan de la conduite morale, sur le plan des fins – pour parler comme Kant – l’idée de nature nous conduit à la téléologie; ce qui est en soi assez problématique, tout comme toute tentative de rationaliser la marche de l’histoire.Le fait est que rien ne se détermine « a priori » lorsqu’on traite d’histoire et, dans le cas qui nous concerne directement, lorsqu’on traite de conduite morale. Tout est « situationnel », c’est à dire soumis aux nécessités de la situation.
    Deuxièmement, si croire en Dieu était si naturel, il n’y aurait pas d’hommes athées. Vous allez me dire qu’ils ne sont pas « nés » athées, mais détrompez-vous, car vous n’êtes, vous non plus, pas « né » croyant, pas plus que vos pères avant vous, etc. Cette idée d’innéité de Dieu chère à Descartes, et que vous semblez récupérer n’est pas fondée en raison, c’est à dire que c’est une affabulation: un leurre.
    Je pourrais continuer, mais je m’arrêterai là en attendant vos rebondissements.
    Jean Eric Bitang.

    Réponse

    • Bonjour Jean Eric,

      Je vous remercie de tout cœur pour le temps que vous consacrez à ce blog de philosophie. Merci pour le dialogue ouvert et entretenu avec les uns et les autres. N’hésitez pas à intervenir sur le site dès que vous en avez le temps et les moyens. Je présente mes excuses du fait que je ne sois pas souvent présent sur le site pour répondre aux questions. C’est aussi parce que je préfère parfois laisser les questions s’adresser à tous. Les réponses n’étant pas toujours nécessaires.

      Je vous remercie également d’avoir bien voulu relire cette réflexion sur la croyance religieuse.

      Je ne suis pas sûr d’avoir voulu faire croire que la croyance est l’apanage indépassable de la religion, quand bien même j’ai voulu m’intéresser particulièrement à la croyance en religion. Je précise évidemment que le mot croyance n’est pas réductible au domaine théologique, et que dans d’autres secteurs de l’activité humaine, on peut bien parler de croyance. J’ai commencé à m’écarter de cette ligne lorsque j’ai rapproché la définition de Lalande et la croyance strictement religieuse. Mais la nuance me paraît claire, et vos apports en ce qui concerne la science semblent exemplifier davantage une intuition que je n’ai pas assez clarifiée. Je commets une erreur dans le deuxième paragraphe lorsque j’écris que « Cette relation naturelle de l’homme en tant qu’animal religieux à la transcendance s’appelle la croyance ». Au mot « croyance », j’aurais du ajouter « religieuse » pour rester dans mon domaine de définition.

      Par ailleurs, il n’est pas dérangeant que mon approche de la croyance religieuse soit problématique ; le problème et le dissensus sont le ressort même de la philosophie. Je ne trouve pas insoutenable votre point de vue. Il est très clair. Mais je pense faire également œuvre philosophique lorsque je présente l’homme comme un animal religieux. Si l’homme est un animal rationnel, politique, économique, etc… pourquoi n’appartiendrait-il pas en propre à l’homme d’être fondamentalement un être porté vers la transcendance ? Et pour moi, dire un être tourné vers la transcendance, ce n’est pas exclure les athées. Car même si leur transcendance est immanentiste, c’est bien une transcendance, et toute personne humaine à une âme religieuse qui le pousse à communiquer avec le Tout Autre, que ce soit une pierre, une rivière, un joli paysage, une bibliothèque déifiée, un dieu ? …

      Je voudrais ne pas durcir le débat sur la nature humaine, parce qu’il risque de nous conduire à affirmer des présupposés que tous ne partageront pas. Même ce qui est culturel à l’homme, relève de sa nature. N’allez pas y voir une essence préfabriquée. Seul l’homme a des manières d’homme. Les hommes ne sont pas tous hommes de la même manière, mais quand ils débordent ou manquent le seuil de l’humain, ils prennent un autre nom, ils sont assimilés à autre chose, mais seulement assimilés, parce qu’ils ont toujours des propriétés humaines. L’homme a une nature d’homme, c’est pourquoi il est ainsi appelé, même s’il n’y a pas d’homme générique. Et ce n’est pas de cela qu’il s’agit d’ailleurs.

      Que le rapport à la religion soit un rapport naturel à l’homme, cela montre assez que seul un homme en tant que tel peut être religieux, opposé ou adhérant à une transcendance donnée, jamais une montagne. J’ajoute que la raison et croyance religieuse n’appartiennent certes pas au même registre sémantique et conceptuel, cependant les deux ne sauraient être définitivement opposables. Si la raison n’est pas liée à la croyance, cette dernière serait purement irrationnelle, or la même personne qui croit est la même qui raisonne. Le croyant n’est pas par définition celui qui manque de raisonner sa foi et d’interroger l’objet de son adhésion.

      Emmanuel AVONYO,op

      Réponse

      • Bonjour Emmanuel – vous m’avez appelé par mon prénom, donc je fais de même…-
        Quand vous vous expliquez sur la question de la croyance, je comprends fort mieux votre intuition. Je vous en remercie.
        En effet, il n’y a que l’homme qui soit porté vers la transcendance, mais est-ce là un attribut digne d’être élévé au rang d’attribut naturel? Je ne pense pas. La raison en est très simple: on n’est pas moins homme lorsqu’on croit ou ne croit pas en Dieu, c’est à dire que cette caractérisque – propre à l’homme, et cela, je n’en disconvient pas – n’est pas une caractéristique suffisante pour juger de la « qualité » d’homme. La croyance, et j’insiste, la croyance religieuse, n’est pas « naturelle ». On pourrait élargir le débat pendant des siècles, mais comme vous l’avez dit, il n’est pas question ici de discuter du rapport entre nature et culture. Permettez moi quand même de faire remarquer que ce rapport n’est pas exclusif, mais inclusif, car la culture deveient nature, et vice versa.
        Pourtant, j’ai quelques problèmes à admettre que les athées vouent un culte à la transcendance et que cette transcendance serait immanente. Au delà de l’opposition manifeste de ces deux termes: transcendance et immanence, opposition qui ne peut être qu’exclusive, les deux concepts ne se rejoignant à aucun moment, je doute fort que les athées aient une « âme religieuse ». Je suis moi même athée, et je dois avouer que je ne me reconnait aucunément dans votre discours. Mais peut être que mon athéisme n’est pas « L’athéisme » et que ce que vous dites est applicable à quelques personnes, mais j’en doute fort.
        Sur la question de la nature d’hommet et de l’homme générique, l’Idée platonicienne devrait suffire à montrer qu’il s’agit bien de mettre en lumière l’homme en soi, c’est à dire l’Idée de l’homme où l’homme archétypal duquel descendrait toutes les copies d’hommes de ce monde. Or cet homme archétypal n’est-ce pas lui qui désigne émminement l’homme? N’est-ce pas lui l’homme en soi? Si oui, c’est chez lui qu’il faut chercher la nature humaine.
        Pour finir, votre approche est bien philosophique, à vrai dire, elle est hautement philosophique bien qu’extrêmement problématique. C’est sûrement dans cette problématique, bien canalysée, que réside tout son intérêt.

        Jean Eric Bitang.

      • Salut chers amis de la sagesse !

        Je voudrais d’abord vous dire merci pour la matière à penser que vous nous offrez dans votre dialogue autour des concepts « Croyance » et « Raison ». En effet, « Croyance » et « Raison » sont deux mots essentiels qui à notre avis caractérisent l’homme et dont la compréhension ne saurait être possible, sans une entrée dans la forêt sacrée ; ce lieu de la sagesse, où seuls résonnent les murmures de l’Être qui sans cesse nous rappelle qu’ici aussi  » IL Y A ». « IL Y A » quoi ? ou qui ? A chacun de donner un contenu à ce  » IL Y A » primordial. Mais toujours est-il que le « IL Y A » primordial traduit en langage symbolique qu’il n’y a rien qui se fait à partir de rien, sauf le commencement absolu qui ne saurait dépendre de quelque chose sinon ne serait plus absolu. C’est sans doute ce qui a inspiré à Merleau-Ponty la notion de « foi perceptive », de  » foi primordiale ». Cette foi perceptive est l’ouverture au monde qui est commune à l’homme naturel et au philosophe. Elle renvoie à une assise profonde d’opinions muettes impliquées dans notre vie que le philosophe doit chercher à faire sortir de son silence.

        Si la philosophie consiste à amener à l’expression ce qui baigne dans le silence insourdissant du « IL Y A » primordial, alors nous pouvons déduire en bonne logique qu’il ne saurait y avoir de l’exprimé sans l’inexprimé, de l’expression sans l’inexpression, du bruit sans silence, de présence sans absence, du rationnel sans l’irrationnel. Bref ! de la raison sans croyance. Dans une belle page de LE VISIBLE ET L’INVISIBLE, Merleau-Ponty écrit : « la philosophie n’est pas un lexique, elle ne s’intéresse pas aux « significations des mots », elle ne cherche pas un substitut verbal du monde que nous voyons, elle ne le transforme pas en chose dite, elle ne s’installe pas dans l’ordre du dit ou de l’écrit, comme le logicien dans l’énoncé, le poète dans la parole, ou le musicien dans la musique. Ce sont les choses mêmes, du fond de leur silence, qu’elle veut conduire à l’expression. Si le philosophe interroge et donc feint d’ignorer le monde et la vision du monde qui sont opérant et se font continuellement en lui, c’est précisément pour les faire parler, parce qu’il y croit et attend d’eux toute sa nouvelle science. C’est pour la philosophie la seule manière de s’accorder à notre vision de fait, de correspondre à ce qui, en elle, nous donne à penser, aux paradoxes dont elle est faite ; de s’ajuster à ces énigmes figurées, la chose et le monde, dont l’être et la vérité massifs fourmillent de détails incompossibles. »

        La croyance ici est reconnaissance. Reconnaissance de cette vérité première dont je ne suis pas l’auteur, de la vérité du monde et de moi-même qui me précède et me dépasse. En un point de vue phénoménologique, il faudrait dire que la croyance s’apparente à l’humilité. Avoir foi ou croire c’est être humble et reconnaitre mon incapacité à tout saisir de manière apodictique ne serait-ce que la seule réalité que je SUIS en tant que corps.  » Ni ma naissance ni ma mort ne peuvent m’apparaitre comme des expériences miennes, puisque, si je les pensais ainsi, je me supposerais préexistant à moi-même pour pouvoir les éprouver (…). Je ne puis donc me saisir que comme « déjà-né » et « encore vivant », saisir ma naissance et ma mort que comme des horizons prépersonnels : je sais qu’on nait et qu’on meurt, mais je ne puis connaître ma naissance et ma mort » (Phénoménologie de la perception).

        En ce sens, nous pensons qu’il y a des raisons pour affirmer, avec tout le risque que cela comporte, que tout homme est croyant. Loin des sentiments religieux au sens de la religion positive, on peut toutefois dire que la croyance ou la foi répond à l’incapacité de l’homme à dompter tout ce qui l’entoure. En dépit de sa connaissance et de son savoir même scientifique, l’homme ne peut atteindre l’omniscience, l’omnipotence, l’omniprésence. Avoir foi, c’est avoir le sens de l’énigme, de l’au-delà, de la transcendance, du mystère. Le mystère comme ce qui pose la croyance en tant que point zéro de toute connaissance, de toute rationalité. La raison devant la transcendance du monde, devant l’énigme de l’homme est appelée à s’agenouiller. Voilà pourquoi demeure toujours vraie l’affirmation selon laquelle  » la Foi et la Raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’homme de voler vers la contemplation de la vérité ». Voilà très chers Jean Eric et Emmanuel la contribution que je pourrais apporter à votre débat sur la Raison et la croyance. C’est un point de vue qui est une vue à partir d’un point, par conséquent, susceptible d’erreur et générateur de débat !

        Mervy-Monsoleil AMADI

  5. Posted by CHAUDET Théo on 15 mai 2011 at 18:19

    Considérer que l’essence précède l’existence, n’est-ce pas considérer que la raison s’allie à la croyance religieuse tandis que considérer que l’existence précède l’essence, est considérer que la raison s’oppose à la croyance religieuse ou est-ce être trop manichéiste que d’affirmer cela ?

    Réponse

    • Je ne pense pas que là ait été le sens du propos de Sartre qui prend dans « L’existentialisme est une humanisme » un exemple très clair: celui de coupe-papier. Il n’est point de doute que vous sachiez de quoi il parle, mais Sartre est formel. Aucun homme n’est comme un coupe-papier, c’est à dire qu’il n’est pensé avec d’être. Au contraire, l’homme est ce qu’il se pense, il est ce qu’il décide d’être: il existe, c’est à dire qu’il se fait être en dehors de tout « apriorisme ». Il ne s’agit donc pas, ici, à mon sens, de relation entre croyance religieuse et raison.

      Réponse

  6. M. Amadi,
    Quelle charmante contribution qu’est la vôtre. Votre habileté à manier le concept force le respect. Votre contribution est la bienvenue, d’autant plus que, selon votre propre désir, elle porte le débat sur d’autres horizons. Je ne sais pas s’il est bon de s’y engouffrer, mais je sais que lorsqu’on nous pose une question, soit on répond, soit on ne répond pas. J’ai quant à moi fait le choix de Sartre: répondre.
    Soit. Je ne m’arrêterai que sur un point de votre argumentaire: la relation entre la foi et l’humilité. D’abord, je voudrais re-préciser – car je pense l’avoir déjà fait – que la croyance n’est pas nécessairement religieuse et lorsqu’elle est, elle prend ce nom précis de « foi ». A partir de cette distinction, on peut aisément établir que toutes les croyances ne sont pas la foi ou n’y mènent pas nécessairement. « Tout homme est [donc, et j’en conviens ]croyant, mais tout homme n’a pas la foi. Nous croyons principalement en nous-mêmes, en la science, etc., mai la foi est un concept religieux. Les athées n’ont pas de religion. Un jour, une de mes connaissances m’a hérissé les quelques poils que j’ai sur la tête en me disant que le marxisme était une religion! Abomination!
    Il ne s’agit donc pas – et c’est là la principale erreur de votre exposé – de confondre foi et croyance, car bien qu’étant liés en ceci que la croyance conduit à la foi et que toute foi est nécessairement croyance en Dieu, ces concepts n’en sont pas pour autant identiques car toute croyance n’est pas nécessairement foi, car alors, elle devrait être foi en Dieu.
    Maintenant, je voudrais saluer l’analyse très juste que vous faites de la relation entre l’humilité et la foi, mais en même temps, je voudrais proposer une nouvelle grille de lecture. L’humilité dont vous parlez est la soumission aveugle, l’abandon; or je doute que ceci soit la seule acception – ni la meilleure – possible de l’humilité. A mon humble avis, l’humilité est une attitude principalement d’ouverture, de non rejet de l’autre On est humble quand on accepte l’autre en tant que différent de nous et potentiellement porteur de critique à notre endroit. Dans cette optique de l’humilité, il n’y a aucun flagellation de l’homme devant Dieu, ni aucun désir – à moins que je me trompe – d’être soi-même Dieu.
    L’humilité dont vous parlez s’apparente davantage à l’ignorance qu’à un état d’esprit scientifique car comme le dit très bien le Pr Njoh-Mouelle, l' »ignorance va souvent de pair avec la superstition », c’est à dire avec Dieu et tout concept générique. « Dieu », le premier qui a prononcé ce mot devait être un ignorant qui n’a pas pu trouver les réponses à des questions simples. Je vous prend un exemple concret. Il y a quelques siècles, la pluie était un miracle, entendons un évènement surnaturel: elle venait donc de Dieu. Aujourd’hui, avec la science, de pareilles superstitions reculent. Or, c’est là que se situe l’épine dorsale de votre argumentaire qui reproduit partiellement Descartes: parce que je suis fini et que j’ai en moi l’idée d’infini, elle a du être placée en moi par cet infini lui-même. Vous pastichez: parce que je suis fini gnoséologiquement et que je conçois qu’il existe des choses qui échappent à ma compréhension, alors je dois être humble – m’abandonner – à celui qui, potentiellement – car il est seulement postulé que Dieu soit infiniment intelligent – plus intelligent. J’arrive à Dieu dans ce sens par la négation de ma négation. Vous me permettrez de n’être ni cartésien ni « amadien », mais que croire qu’au contraire c’est notre ignorance qui fait avancer Dieu quand notre connaissance le fait reculer en faisant reculer l’incompréhensible. Une des caractéristiques de Dieu – et vous en conviendrez avec moi – est que ses chemins sont incompréhensibles un peu comme l’attitude d’Abraham qu’encense Kierkegaard. Pourquoi ce désir de la rationaliser dès lors? Pourquoi invoquer la raison, Dieu étant par définition celui qui transcende les limitations de notre petite intelligence? Je voudrais par ces dernières questions revenir au sujet direct de la présente discussion en me réjouissant d’avance de vos réponses toujours enrichissantes.

    Jean Eric Bitang.

    Réponse

  7. Posted by jean on 29 mai 2011 at 16:36

    Moi je suis un séminariste en cycle de philosophie. Je vous remercie pour ce travail que vous réalisez ; c’est très intéressant de vous lire. mais j’avais une question à vous poser : je sais pas, dans votre texte que j’ai lu en diagonal, faut-il voir un croyant qui donne sa position par rapport à la relation entre foi et raison ou bien vous êtes  » un non-croyant » ? Vous m’excusez ce terme mais j’espère que vous comprenez ce que je veux dire ! je m’adresse a M. Emmanuel AVONYO. merci

    Réponse

    • Bonjour Benoit,

      Je suis croyant, religieux dominicain. Mais il ne me semble pas juste de vous suggérer de voir dans mes écrits une profession de foi. La réflexion philosophique doit s’efforcer de rester le plus possible dans les limites de la seule raison afin de pouvoir être assez argumentative et hospitalière, même si c’est avec tout ce qu’on est que l’on entre en philosophie. Merci pour ce clin d’œil.

      Emmanuel AVONYO, op

      Réponse

  8. Posted by mike on 14 décembre 2011 at 00:20

    raisonner empeche t-il de croire

    Réponse

  9. Posted by Jean Eric BITANG on 14 décembre 2011 at 19:53

    Pas du tout Mike, mais encore faut-il savoir jusqu’où le raisonnement s’arrête et justement, c’est là que commence la croyance – Polanyi- ou la foi.

    Réponse

  10. Posted by Pédro sAQ on 16 décembre 2011 at 16:03

    Mike la question n’est pas n’est de savoir s’il faut raisonner avant de croire ou de croire avant de raisonner. mais d’être Homme.

    Réponse

  11. Posted by Constant on 17 décembre 2011 at 06:00

    Deux questions à poser à mes prédécesseurs :
    d’abord à Jean Eric, qu’est-ce qui fait penser que la croyance donne congé à la raison ? Croire n’est-il pas l’acte rationnel d’un être raisonnable ?
    Ensuite à Pédro, en quoi consiste être Homme tout court, par delà la raison et la foi ?

    Constant

    Réponse

  12. Constant, comme je l’ai expliqué dans les commentaires précédents, il faut distinguer « foi » et « croyance ». La deuxième option ne muselle pas la raison. Quant à la seconde, l’histoire montre bien les dérives de la « foi » et il n’est pas besoin d’y revenir. La raison s’appuie toujours sur la « croyance » (Cf. Polanyi et mes commentaires précédents), mais jamais sur la foi.

    Réponse

  13. Posted by gadiaga bitou on 31 janvier 2012 at 19:41

    merci pour votre travail

    Réponse

  14. je voulais poser une question a Emmanuel, en quoi consiste le credo philosophique dont karl jaspers parle dan sson ouvrage la foi philosophique?

    Réponse

  15. Bonjour Tharcisse,

    « La foi philosophique de Karl » Jaspers comprend six conférences ou études. L’auteur traite du credo philosophique dès la deuxième conférence (pp. 35-65), exposée en trois parties, respectivement intitulées 1) Le champ possible d’un credo, 2) Articles de foi, 3) Raison et communication.

    Le credo philosophique n’est pas un article de foi à caractère dogmatique que le philosophe assume par ses écrits. La philosophie ne se réclame ni d’une révélation ni d’une autorité. C’est du fond de lui même qu’il fonde, valide et actualise la vérité qu’il découvre. Cette vérité est au-dessus des vérités de type apodictique car l’homme l’obtient en faisant éclater les cadres de sa condition naturelle et de son propre être. « En philosophant, écrit Jaspers, nous suivons le chemin qui conduit à l’origine de la foi, celle qui est propre à l’homme en tant qu’homme » (p. 35). La définition du champ méthodologique du credo passe par la réponse aux questions suivantes : Que suis-je ? Qu’est-ce qui est véritablement ? Qu’est-ce que la vérité ? Comment puis-je connaître ? De façon évidente, ces questions semblent trahir une allégeance kantienne. Reconnaissons néanmoins que Jaspers ne professe pas ici un quelconque kantisme. Il est aussi vrai que tous ceux qui philosophent après ou contre Kant, cheminent avec Kant.

    Emmanuel AVONYO, op

    Réponse

  16. pourquoi jaspers l’appelle credo? est ce en philosophie on peut avoir un credo? et pourquoi cette denomination credo philosophique? en disant cela jaspers pense t il qu’en philosophie il ya une forme de croyance a laquelle tout philosophe doit croire? quel rapport ya t-il entre foi philosophique et credo philosophique? je voulais savoir selon jaspers quelle est la signification du credo philosophique, y’a til un rapport entre croyance philosophique et croynace religieuse? pourquoi le concept de credo?

    Réponse

  17. en quoi consiste les articles de foi dans le credo philosophique? et quels sont ses impactes dans la credo philosophique

    Réponse

  18. Salut Tharcisse,

    Je n’ai pas répondu à vos questions parce que mes occupations ne me l’ont pas permis. Mais, je choisis de temps en temps de pas m’astreindre à répondre à toutes les questions, d’autant plus qu’elles sont parfois plus importantes que les réponses. Jai essayé de vous donner quelques indications, la dernière fois, vous permettant d’avoir une idée de la philosophie de Karl Jaspers. Si vous voulez en savoir davantage, n’est-ce pas plus profitable de chercher à le lire vous-même ? Car, je ne pourrai pas en faire un exposé plus long. Vous m’avez suggéré aussi un article sur Jaspers. La demande est reçue. J’attends d’avoir un peu de temps pour cela. Pour l’heure, je suis assez pris. Merci en tout cas de l’intérêt pour l’academos.

    Emmanuel

    Réponse

  19. Posted by Flavien ALOU on 28 avril 2012 at 08:55

    bonjour Emmanuel
    merci pour les interventions. ma quesqtion est de savoir si la foi a de limite comme la rason est limié. si oui quelles sont ses limites.

    Réponse

    • Bonjour Flavien,

      Si l’on pose la question des limites de la foi en termes comparatifs par rapport à la raison, cela revient à questionner la nécessité (on non) pour la foi de se faire porter par la raison pour atteindre ses fins. Sur cette base, on peut répondre de deux manières à ce problème : la foi a des limites, et la foi n’en a pas.

      Premièrement, la foi a ses limites : la foi est limitée parce que la foi sans la raison peut apparaître comme du fidéisme primaire, comme une foi non éclairée, attitude incapable de rendre raison d’elle-même, de s’énoncer en langage d’homme. (Mais à ce propos, d’aucuns peuvent se poser la question de savoir si par définition, la foi n’est pas faite pour se passer de la raison. Je répondrai non, parce que la foi n’habite qu’un être doué de raison. Les animaux n’ont pas la foi).

      Deuxièmement, la foi a ses limites, parce qu’elle ne peut pas prétendre à un statut de connaissance scientifique, elle est de l’ordre de l’adhésion du cœur, du comportement subjectif, de l’éthos pur. C’est finalement grâce à la raison que la foi peut se justifier, mais sans jamais se démontrer totalement (ni apodictiquement), d’abord parce que la foi est de l’ordre de la donation, et de la rencontre métaphysique avec l’auteur du don, la foi a sa rationalité propre qui se moque de la raison, et aussi parce que la raison elle-même est incapable d’expliquer ses propres fondements ultimes.

      Troisièmement, la foi a ses limites, parce qu’elle a une façon particulière de connaître et de concevoir, cette façon repose sur la réduction phénoménologique du réel. La foi connaît Dieu de façon intuitive,sous un angle donné, et sa conception de l’homme s’inscrit dans un rapport théologal. Les autres domaines de connaissances procèdent tout autrement. La biologie conçoit l’homme autrement que la foi chrétienne par exemple. On pourrait penser que cette façon de procéder de la foi n’est intelligible que de l’intérieur, c’est à dire n’est compréhensible qu’à un homme de foi.

      Toutefois, ce que nous considérons, ici, extérieurement, comme limite, n’est pas une limite du point de vue de la foi elle-même. La foi croit fondamentalement que sa conception de l’homme est vraie, car elle procède du don de Dieu lui-même. Elle croit que la vérité qu’elle détient est certaine, parce que révélée par Dieu lui-même. Ce que la foi saisit, est déjà donné totalement, mais doit encore se conquérir et posséder par l’agir humain illuminé par le secours de la grâce. Dans cette mesure, affirmer que la foi a des limites, c’est se situer d’emblée en dehors du cercle de résonance de la foi. Finalement, on ne peut percevoir les limites de la foi qu’en dehors de la foi.

      Emmanuel

      Réponse

  20. Posted by Flavien ALOU on 1 mai 2012 at 09:41

    merci Frère Emmanuel de m’avoir donné les limites de la foi. J’avais cru que la foi n’avait pas de limite en ce sens que tout ce qui relevait du domaine des dogmes, l’on pouvait en prendre acte et puis croire simplement car la foi ne se démontre pas. Dans fides et ratio de jean Paul II ,je n’ai pas bien perçu vraiment les limites de la foi. j’ai posé cette question à un prêtre orthodoxe mais il m’a dit que c’était un peu difficile. Merci. Si éventuellement j’ai des préoccupations dans l’avenir je n’hésiterai pas à vous les poser. Flavien Alou du Bénin

    Réponse

  21. Posted by TSHAMALA K. DIEUDONNE on 30 janvier 2013 at 16:02

    Raison et foi sont de termes plus puissants de la vie de l’homme sur la terre mais ne sont liés mais donne la valeur à l’homme.
    L’homme est appelé à marché dans la vérité d’où il y’a la notion de la raison de défendre la vérité par la justice. Lorsqu’on parle de raison, on pense aux causes justes que l’homme ne sait les comprendre ni même les défendre mais les intérêts personnels empêchent la vérité pour de raisons obscures. La justice est la clef de la raison d’un homme de considérer ce qui est bien ou mal sur la terre et de prendre l’option de l’un de deux ( bien et mal). La foi c’est un esprit intérieur qui permet à l’homme de croire à une voie qui lui protège contre le mal. Par la foi, nous acceptons un être plein du bien et la bonté non le mal mais la raison peut être un engagement d’homme à une voie qu’il considère meilleur malgré les critiques de tierce. Exemple j’ai raison de voler ou de tuer pour avoir de l’argent. L’argent me donne la possibilité de vivre. Si on me reproche d’être voleur, je dirai que la personne n’a pas raison puisqu’il comprend pas pourquoi je vol donc moi j’ai raison de voler puisse je trouve l’argent avec tout les risques qui me guette mais si on m’arrête pas je gagne sans beaucoup d’effort. Dans ce concept la foi se distingue de la raison. La foi me donne l’espoir toujours de demeurer dans les biens quelque soient la pauvreté que j’en dure.
    Voilà du moins ce que moi je pense devant ces deux termes.

    Réponse

  22. Bonjour,

    Merci de votre article sur l’articulation entre raison et foi. Je vous invite à découvrir la philosophie analytique au service de la foi. Par cette approche, contrairement aux idées communément répandues, il apparaît clairement que l’évidence de la raison est du côté de la foi chrétienne, et qu’il n’y a pas lieu de mettre en avant un dualisme objectif/subjectif qui correspondrait à la séparation entre raison et foi.
    Malheureusement, la philosophie analytique reste marginalisée par la philosophie continentale qui fait fausse route et embue l’esprit.
    Le site suivant donnera quelques repères : http://foi.raisonnable.free.fr.

    Cordialement,

    Les Editions La Lumière

    Réponse

  23. Posted by Leo on 1 août 2013 at 00:00

    Bonsoir à tous, publication ancienne mais excellent sujet ..
    Beaucoup de plaisir a vous lire tous..
    Cependant j’aimerais ajouter une nuance supplémentaire sur la croyance et la foi que je vais développer sous forme de question , croire en l extrinsèque ou un dogme n’est ce pas l’espérance?

    Réponse

  24. Plus que complémentaires, raison et foi sont pour moi comme les deux faces d’une même médaille : deux manières d’expliquer la réalité et ses complexités. Seulement, notre époque souhaite justement trop miser sur la raison au détriment de la foi, alors qu’il y a tant de choses qui dépassent l’entendement humain. Merci pour cet excellent sujet.

    Réponse

  25. Posted by randrianarison on 3 février 2014 at 03:27

    quant à moi,je tourne encore autour de l’ignorance et l’incomprehension de ce qui se passe aujourd’hui.elargissement donc.

    Réponse

  26. Posted by OUEDRAOGO OLIVIER on 23 février 2014 at 22:55

    « Nous ne croirions pas, si nous n’avions des âmes raisonnables ». Pour moi la foi est entièrement liée à la raison puisqu’ils sont tout deux de la conscience humaine. De la même manière nous raisonnons sans qu’on ne nous l’enseigne,(comme l’enfant qui à peine commence à parler pose tout un tas de POURQUOI)nous croyons sans qu’on ne nous l’infuse. A la rigueur on nous mènerait là où les derniers eussent déjà été en relation avec Dieu.

    Réponse

  27. Posted by Gali on 3 mars 2014 at 22:26

    Le dieu de la religion et le dieu de la philosophie: identique ou non?
    Merci d’avance pour vos commentaires!

    Réponse

  28. Posted by Hamid on 1 septembre 2014 at 03:33

    La distinction fondamentale qu’il faut observer entre la raison et la croyance est qu’elles relèvent de deux dimensions différentes : la raison est la faculté d’affirmer des certitudes qui ne laisse pas de place à l’appréciation affective tandis que la croyance est surtout d’ordre affectif. La croyance nous apporte un confort affectif contre l’angoisse que nous éprouvons face à l’incertain. En nous tous il y a deux dimensions l’une rationnelle et l’autre irrationnelle, l’objectif et le subjectif, … Une hypothèse scientifique est une croyance qu’on soumet à l’examen stricte de la raison et qu’on abandonne dès qu’elle s’y oppose. Les axiomes sur lesquels peut être fondée une science exacte est encore une croyance !

    Réponse

  29. Posted by CHIZA on 26 décembre 2014 at 21:06

    Tout ça c’est beau!

    Réponse

  30. Posted by OBR on 1 novembre 2015 at 17:21

    n’est ce pas Bernard Lonergan plutot que Bernard Lonegan ?

    Réponse

  31. Posted by BINIGA NKOU BENOIT SYNCLAIR on 2 mars 2016 at 11:42

    si la raison est inhérente à l’homme la foi n’en est pas moins.malheureusement les n’ont pas la meme démarche. mais leur radicalisation constitue leur élan culturelle. Car aucune des deux notions ne va abstraction faite de la culture

    Réponse

  32. bonsoir je dirais que la religion s’oppose à la science parceque la religion apporte a l’homme des biens fait que la science est incapable de produire . Notre foi en Dieu peux nous guérrir de toute maladie .Certes la science à des apport vraimment incoyable de nos jours

    Réponse

  33. Posted by Pierre Régnier on 8 juillet 2016 at 17:12

    Je trouve pour ma part qu’on se préoccupe de manière trop abstraite et trop générale du rapport entre la foi et la raison. Plus précisément je dirais que « on n’en est plus là ».

    Les nombreuses violences à nouveau commises jusqu’en France par des musulmans fanatisés, comme ailleurs plus ou moins épisodiquement depuis 14 siècles, me font penser qu’on ne se préoccupe pas suffisamment du rapport entre la violence commise et les textes qui appellent à les commettre au nom de Dieu et qui, à ce jour, restent intégralement sacralisés, y compris dans le christianisme.

    C’est ce qui m’a conduit à publier – enfin! – en avril 2016 aux éditions du Panthéon, un petit essai de mars 2000 : DÉSACRALISER LA VIOLENCE RELIGIEUSE

    Réponse

  34. Posted by Ouédraogo on 25 août 2016 at 15:28

    Nous ne finissons pas de tout savoir avant de croire, ni ne finissons de croire avant de savoir. Croire et savoir sont deux actes de raison qui jaillissent de l’homme vivant comme l’éclair et sa ligne lumineuse.

    Réponse

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