Pensée du 05 août 16

« Êtres finis et intermédiaires, nous ne pouvons rien jusqu’au bout en ce qui concerne le temps : ni revenir effectivement en arrière dans le passé, puisque l’irréversibilité nous interdit justement la réalité d’un tel « retour »; ni foncer tête baissée vers l’avenir, autrement dit accélérer à fond dans l’innocence d’un éternel présent, en oubliant tous nos souvenirs, en supprimant toute conscience de ce que nous avons perdu et toute possibilité de comparer le présent et le temps révolu et par conséquent de mesurer l’irréversibilité elle-même. L’irréversibilité concrète n’est rien d’autre qu’un devenir effectif ralenti par un revenir fantomal, un progrès vers l’avenir tiré en arrière par les souvenirs. Cette situation d’un être écartelé entre progression et régression, entre la futurition toute-puissante et le rêve de la prétérition impuissante explique à la fois l’ambivalence et la nuance dépressive du regret. C’est pourquoi l’imagination créatrice est ralentie par les souvenirs de l’imagination reproductrice, pourquoi l’invention est retenue par l’imitation des modèles préexistants, pourquoi l’innovation imprévisible tourne si souvent au renouvellement partitif. »

Vladimir Jankélévitch, La Mauvaise Conscience

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