Pensée du 21 avril 16

« Nous ne rencontrons donc ici que des procédés opposés à ceux de l’homme noble qui, après avoir conçu spontanément et par anticipation, c’est-à-dire tiré de son propre « moi », l’idée fondamentale de « bon », n’arrive à créer la conception du « mauvais » qu’en partant de cette idée. Ces deux termes, ce « mauvais » d’origine aristocratique et ce « méchant » distillé dans l’alambic de la haine insatiable — le premier une création postérieure, un accessoire, une nuance complémentaire, le second, au contraire, l’idée originale, le commencement, l’acte par excellence dans la conception d’une morale des esclaves — quel contraste n’offrent-ils pas, ces deux termes « mauvais » et « méchant », tous deux opposés en apparence au concept unique : « bon ». Mais le concept « bon » n’est pas unique ; pour s’en convaincre qu’on se demande plutôt ce qu’est en réalité le « méchant » au sens de la morale du ressentiment. La réponse rigoureusement exacte, la voici : ce méchant est précisément le « bon » de l’autre morale, c’est l’aristocrate, le puissant, le dominateur, mais noirci, vu et pris à rebours par le regard venimeux du ressentiment. Il est ici un point que nous serons les derniers à vouloir contester : celui qui n’a connu ces « bons » que comme ennemis n’a certainement connu que des ennemis méchants, car ces mêmes hommes qui, inter pares, sont si sévèrement tenus dans les bornes par les coutumes, la vénération, l’usage, la gratitude et plus encore par la surveillance mutuelle et la jalousie — et qui, d’autre part, dans leurs relations entre eux se montrent si ingénieux pour tout ce qui concerne les égards, l’empire sur soi-même, la délicatesse, la fidélité, l’orgueil et l’amitié, — ces mêmes hommes, lorsqu’ils sont hors de leur cercle, là où commencent les étrangers (« l’étranger »), ne valent pas beaucoup mieux que des fauves déchaînés. »

F. Nietzsche, La Généalogie de la Morale

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One response to this post.

  1. L’immoralisme de Nietzsche a une valeur heuristique.Avec cette démarche nous sommes amenés à nous interroger sur les fondements de l’éthique.Et partant sur les principes moraux qui dirigent nos pratiques.Celles-ci s’organisent autour de trois pôles: Soi-même, les autres, et le monde.
    En fonction des relations que nous effectuons, nos conduites ,quelles qu’elles soient, sont d’emblée éthiques.Car exister c’est se comporter avec. L’homme le plus méprisable a une conduite éthique.Mais parfois nous avons le sentiment que nous pensons ou nous agissons mal.Alors par un acte réflexif nous nous jugeons nous-mêmes en notre for intérieur, nous essayons de corriger la faute, de la réparer immédiatement ou de faire en sorte de ne plus fauter à l’avenir.En outre, nos propres attitudes sont parfois jugées par les autres comme morales, immorales ou amorales. Nous les écoutons ou pas. Nous obéissons ou nous nous révoltons contre l’ordre établi.
    Quels sont les critères qui rendent possibles de tels jugements ? Et plus exactement y a t-il des principes universels pour déterminer a priori si n’importe qu’elle conduite, n’importe où, n’importe quand, est morale ?
    Nietzsche dit non! Son critère fondamental est la Vie individuelle et collective qui accroît sa puissance. Hors de ce cadre il n’y a que déclin, dégénérescence, affaiblissement et nihilisme.
    Ailleurs dans le monde, dans certaines parties de l’ Inde le système des castes est encore moral. Au Mali on excise moralement les filles. L’esclavage des Noirs a été moralement justifié dès le XVIème siècle etc…
    La morale apparaît alors comme une Institution justifiant et normalisant des pratiques qui par ailleurs nous répugnent aujourd’hui.
    C’est alors que nous nous méfions de la Morale en tant qu’Institution symbolique et pratique.Nous y repérons ce qui permet d’ aliéner certains groupes sociaux au nom de la Tradition, de Dieu ou de l’Argent.
    Le père qui veut marier sa fille au Mali fait exciser son enfant pour son bien. Mais son bien est considéré aussitôt comme le Bien de toute la communauté en dépit des souffrances et de la mutilation que cela occasionne. Ce Bien moral est aussi bien une condition de possibilité d’acquérir des richesses ou de préserver ses propres biens matériels.
    La Morale est parfois un dispositif d’incarcération et de torture des plus faibles d’entre nous.
    Nos mœurs , nos us et coutumes nous montrent dans quel type de Morale nous existons. La Morale se conjugue au pluriel. Il y a des morales que nous subissons , que nous adoptons de notre plein gré ou que nous combattons.
    Alors quel est le critère unique et le moins contradictoire de la Morale ?
    Il n’y en a pas de rationnel.
    C’est un assentiment et un ressentiment à la fois dans une lutte, un combat, une guerre entre les hommes ,les populations et les peuples pour le pouvoir.
    Nietzsche nous renvoie ce qui ne peut être fondé rationnellement et que prend en charge des systèmes de valeurs hétéroclites qui se combattent entre eux avec en dernier juge de paix : la force.
    La Morale est Polémique, en devenir et inquiétante .

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