Pensée du 17 février 16

« Le corps bourré de prothèses, destinées à améliorer les performances ou l’intelligence d’anges qui hantent les disques durs, ressortit à des images fantastiques qui empêchent qu’on fixe désormais les limites, et défont les cohérences qui, jusqu’ici, apparaissaient nécessaires, d’une manière quasi transcendantale, à notre activité quotidienne. D’un côté, on assiste à la fusion de la croissance organique et de la fabrication technologique; de l’autre, la productivité de l’esprit humain est clivée de la subjectivité qui se vit et s’éprouve. Peu importe que s’expriment dans ces spéculations des billevesées ou au contraire des pronostics qu’il s’agit de prendre au sérieux, des besoins en eschatologie qui ont été déplacés ou des formes nouvelles d’une science de science fiction ; ce ne sont pour moi que des exemples d’une technicisation de la nature humaine qui provoque une transformation de la compréhension que nous avons de nous-mêmes en vue d’une éthique de l’espèce humaine, et une transformation telle qu’il en résulte une compréhension normative de soi qui ne peut plus être mise en harmonie avec l’autodétermination de la vie personnelle ni avec la responsabilité de l’action personnelle. »

Jürgen Habermas, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?, Gallimard, 2002, p. 66-68.

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