Pensée du 15 février 16

[…] avec la technicisation de la nature humaine, la compréhension que nous pouvons avoir de nous-mêmes et qui procède d’une éthique de l’espèce est à ce point modifiée que, désormais, nous ne pouvons plus nous comprendre comme des êtres éthiquement libres et moralement égaux s’orientant au moyen de normes et de raisons. Il a fallu que de manière imprévue des solutions surprenantes deviennent tout à coup possibles pour que les hypothèses élémentaires d’arrière-plan voient leur caractère d’évidence mis à mal (même si ces  nouveautés – ainsi, les « chimères » artificielles que sont les organismes transgéniques, littéralement « dégénérés » puisque créés en marge de leur espèce ont eu leurs anticipations archaïques dans des images mythiques détournées de leur sens initial). Ces irritations nous viennent de ce que les scénarios en question naviguent entre la littérature de science-fiction et les pages scientifiques de la presse quotidienne. Ainsi sommes-nous depuis peu confrontés à de singuliers essayistes – et non plus à des auteurs de fiction – qui nous présentent un homme que l’on perfectionnerait par l’implantation de puces électroniques ou qui au contraire se verrait incessamment dépassé par des robots plus intelligents que lui.

Jürgen Habermas, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?, Gallimard, 2002, p. 66-68

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