Pensée du 08 février 16

« On ose à peine parler aujourd’hui de «  dignité humaine » parce que ce sont des mots dont on a usé à tort et à travers. Pensez aux camps de concentration nazis. C’est un crime de considérer l’homme comme une chose. Et la dignité, c’est ce que nous entrevoyons quand nous sentons que c’est monstrueux. Je reconnais un certain sacré chez l’autre – mais je ne crois pas que cela puisse être défini en termes rationnels. A mes yeux, le caractère sacré de l’être humain serait plutôt lié à sa condition mortelle. Le fait qu’il est appelé à vivre et à mourir à travers toutes sortes d’épreuves est lié à sa dignité. Aujourd’hui, je déplore l’absence de fraternité. Au fond la Révolution Française et ce qui a suivi a tout confondu en mêlant égalité et fraternité. Je pense que non seulement elles ne sont pas compatibles mais qu’elles vont en sens opposé. Ce qu’on appelle l’égalitarisme me paraît détestable. Nietzsche le pensait aussi. Pour moi, l’égalité est égocentrique, elle est une prétention. « Je suis ton égal. » Ce qui est admirable dans la fraternité, c’est qu’elle dit à l’autre : « Tu es mon frère. » Comment alors ne me réjouirais-je pas de ta supériorité ? Dans la fraternité, le centre, ce n’est plus moi, c’est toi. »

Gabriel Marcel, Le Figaro littéraire, 28 octobre 1972
Propos recueillis par Frédéric de Towarnicki

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