Pensée du 25 janvier 16

« Il faut que l’esprit, en présence de ce dont il a à juger, sente, sache qu’il est un juge dont la sentence ne peut être déterminée que par des raisons. Mais ces raisons mêmes qui le déterminent ne sauraient être extérieures, n’avoir aucun rapport avec lui, ne sauraient être des raisons qui le contraindraient absolument. Car ce ne seraient pas alors des raisons, mais des nécessités brutales. Le propre des raisons, c’est de représenter dans les choses la nature absolue de l’esprit. Il faut que l’esprit, pour reconnaître une chose comme vraie, pour se reconnaître obligé d’affirmer la vérité de cette chose, aperçoive en elle des raisons d’être affirmée, qui expriment en elle sa propre nature à lui. De là vient que, quand nous formons une proposition que nous jugeons vraie, nous ne pensons pas que par là nous aliénons notre liberté. Affirmer une chose comme vraie, ce n’est pas subir une contrainte imposée du dehors, mais bien proclamer la loi de notre propre nature, loi, qui, au lieu de nous contraindre, de nous diminuer, de nous réduire, nous réalise au contraire, nous développe en nous unissant aux choses. L’évidence ne vient pas du dehors, mais du dedans. Ce n’est pas quelque chose d’imposé du dehors à l’esprit, mais quelque chose de projeté par lui. »

Jules Lagneau, Célèbres leçons, P.U.F, 1950, p.109.

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One response to this post.

  1. Posted by Aubia on 25 janvier 2016 at 12:09

    « Le propre des raisons, c’est de représenter dans les choses la nature absolue de l’esprit. »Il faut que l’esprit, pour reconnaître une chose comme vraie, pour se reconnaître obligé d’affirmer la vérité de cette chose, aperçoive en elle des raisons d’être affirmée, qui expriment en elle sa propre nature à lui. »  » Affirmer une chose comme vraie… nous développe en nous unissant aux choses ».

    Je commencerai par réfléchir à ces assertions qui sont me semble t-il une ouverture – si elle sont questionnées- à la métaphysique. Ces propositions de Lagneau conduisent à une question ouverte sous la forme d’un énoncé de principe que Parménide a soutenue  » Être et penser sont le même » et l’Être , malgré les formes multiples d’étants « se conjugue » au singulier.J’apporterai ensuite modestement mon point de vue sur ce que m’inspire ce texte.
    Pour un esprit supérieur, Dieu, cette unité est immédiatement intuitionnée par sa création éternelle.Cette unité est un présent absolu.
    Mais les hommes , ne sont pas nés sous le même régime. Le temps absolu ( présent éternel) ne peut pas exister pour eux. Ils ont au mieux accès à la présence du présent, du passé et de l’avenir ( à eux-mêmes et au monde ). Cependant ces projections sont altérées, incomplètes, voire erronées. Nous nous comportons individuellement en tant qu’ être -au -monde comme des aveugles dont le véritable secours est notre conscience et non pas seulement nos raisons vraies ou fausses sur nous-mêmes ou la réalité. Du reste nous expérimentons parfois que nous sommes dans le vrai ou le faux avant même de trouver des raisons à cela.Par exemple, il m’est arrivé de rencontrer des personnes recommandées lesquelles m’ont faits une « mauvaise impression » à un moment donné de notre entrevue alors qu’elles avaient -presque tout pour me persuader et me convaincre -de m’attacher à elles. Ce -je ne sais quoi et ce presque rien – a décidé contre mes raisons, sans raison pour finalement avoir raison car ces personnes se sont avérées être des imposteurs. A ce niveau, l’esprit n’a pas eu besoin de raisons pour s’unir aux choses mais plutôt d’intuition et de clairvoyance,, quitte à passer un temps pour injuste ou arbitraire.
    Sans remettre en question absolument la pertinence de la raison , des sciences etc… je dirais simplement que le Réel excède l’esprit humain et que si les raisons sont nécessaires pour savoir positivement en revanche pour connaître, il nous faut développer ce qui rend possible la constitution objective de l’esprit absolu c’est à dire le cœur, la disposition, l’intimité de la relation.En fait privilégier l’esprit synthétique à l’esprit analytique car c’est lui qui nous oriente. La poésie, la musique ne sont pas immédiatement raisonnables;mais elles montrent et nous font ressentir des vérités, tout en nous unissant aux choses.
    Bien à vous.
    Eric

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