Pensée du 15 janvier 16

 On dira que c’est bien en effet ce qui se passe, et qu’il suffit de penser le bonheur pour constater son absence. Sans doute : c’est ce qu’on appelle philosopher, activité bien vaine si le bonheur était là, et qui ne se justifie que du malheur ambiant. « Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes… » Ce qui est vrai du poète l’est aussi du philosophe : si elle tend au bonheur, et parce qu’elle tend au bonheur, la philosophie est d’abord réflexion sur le malheur, pour le vaincre. Il s’agit de comprendre pourquoi nous vivons si mal, ou si peu, et pourquoi, quand bien même nous ne manquons de rien, le bonheur toujours nous manque. « Qu’est-ce que je serais heureux si j’étais heureux !… » Il est donc juste qu’on ne le soit jamais, puisqu’on attend, pour le devenir, de l’être déjà. C’est le cercle du manque, où le bonheur, nécessairement, est manqué. C’est ce cercle qu’il faut explorer d’abord – pour en sortir. »

ANDRE COMTE-SPONVILLE, « Bonheur » in Encyclopedia universalis 2010.

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