Pensée du 27 décembre 15

« Soyez vigilants, ô jeunes païens ! Que les libres agissements de votre esprit, de votre corps ne soient ni entravés ni réprimés par les psalmodies sonores de prêtres vêtus de dentelles déambulant en procession. Il est des ravissements autrement plus réels que ces béatitudes rentrées. Le vin de la vie est bon, il vient du fruit de la terre qui donne la vigne. Le pain de la vie est bon, il vient du fruit de la terre qui donne le blé. Qu’importe la décomposition inhérente à toutes choses existantes? Notre heure nous appartient. Tout passe. Toute chose va à sa fin. Soyez généreux, libres, passionnés, soyez compréhensifs, enfants des « herbes, des fruits et des abstinences. » Ne donnez pas créance à ces faux maîtres, mais d’un cœur libéré assurez votre fuite. Vos loyautés païennes seront plus profondes, plus vraies que leurs loyautés. Abandonnez aux infirmes et aux vieillards ces temples obscurs aux bougies mal mouchées. A cet instant même votre heure s’écoule. Avec une inéluctable jubilation, plongez profond vos mains dans la fraîche mer salée de la vie. Levez les yeux, voyez le soleil. »

Llewelyn Powys, The Cradle of God, Jonathan Cape, 1929, p.306

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4 responses to this post.

  1. Après la découverte et la lecture, sur votre site, de « L’existentialisme athée de Jean-Paul Sartre », puis de la pensée des 10 derniers jours, je crois utile de déposer ici ce commentaire.

    Dans la France de 2015 l’existence de la violence religieuse a dépassé l’essence de la laïcité républicaine. Elle a laissé bon nombre de citoyens, aussi bien athées que croyants, dans l’incompréhension et l’inquiétude.

    La mise en application très concrète de la violence religieuse est le résultat – au moins principalement – de l’enseignement et de la justification, au sein des grands monothéismes depuis 2500 ans, d’une prétendue bonne violence prétendument voulue par Dieu. Celle-ci continue d’être enseignée par les théologiens et les responsables du judaïsme, du christianisme et de l’islam.

    Ils ont divinisé, sacralisé et dogmatisé cette croyance et, pour s’innocenter des crimes toujours commis au nom de Dieu, ils insistent désormais sur la nécessité de « bien interpréter » (interpréter pacifiquement !) cette « bonne violence voulue par Dieu ».

    Cela devrait conduire les philosophes, les enseignants et les élèves de philosophie à dépasser leur manière, selon moi trop abstraite, d’étudier l’athéisme et la laïcité. Ils devraient considérer qu’ils ont, comme aussi et surtout les responsables politiques, le devoir d’exiger la dé-divinisation, la dé-sacralisation et la dé-dogmatisation de la conception criminogène de Dieu.

    Réponse

  2. Bonjour Pierre,

    Merci de déposer un commentaire sur ce blog. « Dans la France de 2015 l’existence de la violence religieuse a dépassé l’essence de la laïcité républicaine », dites-vous. Vous identifiez deux causes : 1) La prétendue violence enseignée conjointement par les grands monothéismes, 2) L’athéisme et la laïcité sont étudiés trop abstraitement.
    Solution : la dé-divinisation, la dé-sacralisation et la dé-dogmatisation de la conception criminogène de Dieu.

    Comment dé-dogmatiser une conception criminogène de Dieu ?

    Comment dé-diviniser et dé-sacraliser Dieu ? Ne l’a-t-on pas suffisamment fait, au point qu’on en récolte déjà les fruits ? Plus de repères, plus d’interdits, tout est permis, même la violence contre la religion ? N’est-ce pas une fausse conception de la laïcité ? La laïcité a-t-elle besoin d’être anti-religieuse pour être laïque ? Une laïcité violente peut-elle endiguer la violence ? Un athéisme d’Etat peut-il mettre un terme à la violence qui est structurellement un phénomène transculturel avant d’être une production de la religion ?

    A bientôt pour mieux argumenter.

    Emmanuel AVONYO

    Réponse

  3. Bonjour Emmanuel

    L’important est de pouvoir penser librement le religieux, ce qui n’est plus le cas, depuis quelques années, au pays de Montaigne, de Pascal, de Condorcet… Plus que jamais, penser librement le religieux amène à examiner le rapport à la démocratie et à la violence des théologies propres à chacune des religions.

    La laïcité n’a pas « besoin d’être anti-religieuse pour être laïque » mais, quand il est devenu manifeste que les actes de violence – de plus en plus tragiquement violents – commis au nom de Dieu ne le sont plus depuis longtemps que par des adeptes d’une seule religion, la République laïque a le devoir d’examiner avec une attention particulière cette situation particulière.

    Disons sans détour qu’elle a aujourd’hui l’évident devoir de stopper fermement, dans un premier temps au moins, l’islamisation de la France.

    Je pense que la loi de 1905 instituant la laïcité est devenue pour cela très insuffisante et qu’elle doit être radicalement améliorée. On devrait lui faire préciser que la liberté d’exercer un culte religieux ne peut être accordé qu’à celles des religions qui auront préalablement rejeté clairement, publiquement et fermement tout ce qui, dans leur théologie, est appel à la violence, ou justification de celle-ci parce qu’attribuée à une volonté de Dieu.

    Réponse

  4. Bonjour Pierre,

    Merci pour les éclaircissements apportés à la pensée.

    Il y a un fait indéniable, l’histoire des religions est une histoire chargée de toutes sortes de violences. Ce qui peut faire penser que la violence va avec la religion. C’est vrai qu’elle continue d’être un facteur de violence, parce qu’elle déchaine les passions et oppose les hommes sur des questions indémontrables par la preuve scientifique. Le fait religieux en lui-même peut être porteur de violence et d’oppositions sociales.
    Mais la violence, avant d’être une production de la théologie des religions, me paraît être l’indice d’une société violente, d’une culture de violence. Les religions jouent un rôle important dans l’édification d’une société paisible, elles sont bien le lieu où l’appelle les hommes à vivre dans la cohésion et l’entente, à rechercher la justice et à défendre l’égalité des droits. Elles deviennent dans ce sens un remède à une certaine violence sociale, même si elles peuvent en engendrer. Les proportions que la violence religieuse prend dans certains pays méritent vraiment d’être examinées.

    Le discours religieux qui justifie le recours à la violence au nom de Dieu est clairement suspect. La théologie en-elle même ne me paraît pas violente, c’est son interprétation par les hommes et les religieux qui sème la violence, puisque tous les religieux d’une même religion ne sont pas violents de la même manière. Si la violence religieux est le fait d’un intégrisme religieux et d’une rhétorique violente, elle est également encouragée, je crois, par la stigmatisation identitaire et le manque de respect social pour le religieux qui ne font que mettre l’huile au feu. La religion n’a pas à régenter la vie publique des citoyens, mais son expression sociale ne saurait être interdite sans violence. Parce que quoi qu’on dise, la religion façonne la vision du monde des hommes et influence leur échelle de valeurs.

    De ce fait, la violence est dans le coeur de l’homme, elle cherche les conditions sociales de son expression, sinon, de sa résorption ou canalysation. D’aucuns ont pu penser qu’elle fonctionne de manière mimétique. Il y a lieu de réfléchir à la gestion de la violence intérieure dont la violence religieuse, sociale, culturelle, politique, n’est que la radicalisation. Supprimer la religion n’arrêtera pas la violence. Elle l’épanouira dans de nouvelles proportions.

    Voici assez simplement quelques idées sur le sujet.
    Bien à vous !

    Emmanuel AVONYO

    Réponse

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