Pensée du 28 décembre 14

« Les sciences ont conquis des connaissances certaines qui s’imposent à tous ; la philosophie malgré l’effort des millénaires n’y a pas réussi. »

Karl Kaspers, Introduction à la philosophie.

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Le sens commun donne parfois raison à Calliclès, le personnage platonicien de Gorgias, en tenant la philosophie pour une activité frivole, une entreprise vaine, un jeu intellectuel plus déroutant que subversif. La philosophie serait une évasion, un exutoire d’ennuis existentiels, qui traverse le temps sans rien apporter de concret au bien-être de l’humanité. Le philosophe serait celui qui n’a pas les pieds sur terre, qui est dans les nuages ; c’est le cas de Thalès de Milet qui tomba dans un puits en plein jour, de Diogène Le Cynique qui habitait un tonneau… En effet, dans le Dialogue de Platon intitulé Gorgias, le sophiste Calliclès fustige l’attitude de la philosophie qui consiste à tourner le dos à la réalité, à la vie collective et à la gloire sociale. Car pour l’opinion commune, moins frottée aux choses de l’esprit, la véritable sagesse devait consister dans la pratique des affaires, dans la recherche exclusive des moyens qui accroissent la puissance de l’homme, dans la conquête des lauriers de prestige.

Les sciences, elles, sont allées de découvertes en découvertes ; elles offrent des connaissances certaines. Par rapport à la science, la philosophie est inutile et sans objet, elle ne vaudrait même pas une minute d’attention. La connaissance scientifique est une connaissance tournée vers l’objet alors que la philosophie est une activité réflexive et subjective, une intention vers le sujet. La philosophie ne fournit pas de résultats à caractère universel. Karl Marx, critiquant l’aspect inutilement spéculatif de la philosophie note : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, l’essentiel est de le transformer. » Les philosophes projettent des regards divergents, critiques et destructeurs sur le monde ; leur discours paraît malheureusement sans implication pratique sur la vie des hommes et des femmes de leur temps. Comme le fait remarquer Kant, l’univers de la pensée est un champ de bataille où les différents protagonistes s’assènent des coups sans aménité.

Toutefois, une condamnation si brutale de la philosophie ne serait que hâtive et mal élucidée. Le rôle de la philosophie dans l’ensemble du savoir théorique et pratique est essentiel ; cette discipline constitue l’ensemble ordonné des connaissances humaines dans la mesure où elle fournit les premiers principes et les conditions de possibilité de tout savoir humain. Sur le plan épistémologique (de la connaissance scientifique), la philosophie procède à une étude critique de la science, présente une vision synthétique de l’ensemble de notre savoir et pouvoir, car elle cherche à déterminer l’origine et la valeur de connaissance de toutes les disciplines qui proposent une vision de l’homme et du monde. A ce titre, la philosophie n’est pas moins utile que la physique. En étudiant la valeur et la portée de toute science, la philosophie dépasse le point de vue descriptif et explicatif de la physique. Par-dessus tout, son originalité profonde réside dans son caractère humaniste. La première et la dernière question de la philosophie est qu’est-ce que l’homme ?

Emmanuel AVONYO, op

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2 responses to this post.

  1. j’adhère à ce bel Eloge, mon esprit a connu des « combats », avec des valeurs ancrées innées, ai forgé mon caractère libertaire, si j’avais eu la « chance » d’étudier la Philo, j’aurai adouci mon stylllle de vie, mais la vie s’est « chargée » de me la faire découvrir autrement… suite à un évènement, et l’âge aidant… 🙂
    elle devrait être instruite sur le Ier banc de l’Ecole, autant que l’instruction civique qui en dépend au sens moral, « biblique », devenu laïque…
    elle comblerait l’existence de l’enfant, lui offrirait un idéal de penser, laissant courir son Imaginaire, sans + se sentir oppressé du système « arbitraire » de dictionnaire…de l’Histoire qui ment….
    Artistique, la Philo est un baume, une essence, un soin d’estime de Soi, car elle entreprend l’analyse et l’évasion de la Pensée, aide à l’Avancée par ses réflexions, offre des réponses …
    loin des chimères qui engloutissent nos esprits d’éphémère… et nous détruisent !
    elle est visionnaire, réactionnaire, elle porte un flambeau d’ombre et de lumière..
    son âme est sur l’empreinte de la poésie, et tout cœur dans la « misère » la reconnaît au moins de ses sourires,
    bien loin des trompes l’œil du savoir vivre, elle fait découvrir et vivre sa richesse intérieure….

    Réponse

  2. ….Par-dessus tout, son originalité profonde réside dans son caractère humaniste. La première et la dernière question de la philosophie est qu’est-ce que l’homme ?

    Emmanuel AVONYO, op
    🙂 j’aurai aimé répondre :
    qu’est ce que l’Humanité sans l’Homme, ce qui définirait sa Place, non pas Individuelle, mais bien Universelle, qui lui enjoindrait à se signaler dans une Unité, fondamentale, environnementale, Libre avec un Esprit Ouvert, mettant son Ego à terre…
    jouirait de sa vie fière et simple, de se connaître par ses actes, et ses pensées confortées de sa propre connaissance, avec l’entraide et le respect, l’Homme serait un Philosophe parfait….en Paix…

    Réponse

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