Pensée du 29 septembre 14

« Vanité des vanités, tout est vanité. Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? »

L’Ecclésiaste 1, 2

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GRILLE DE LECTURE

La pensée de ce jour tirée de la Bible offre vraiment l’occasion de philosopher. Tout est vanité, nous dit l’Ecclésiaste. Comment ne pas y voir le tragique de la condition humaine ? L’écrivain sacré n’exprime-t-il pas le caractère précaire et transitoire de toutes les réalités du monde dans lequel nous sommes jetés ? On ne peut pas ne pas se poser la question de savoir quel profit l’homme retire de toute la peine qu’il se donne sous le soleil, tant que tout est vanité. L’homme gagne à peine sa vie à la sueur amère de son front, il se fourvoie en conjectures mirifiques pour des résultats incertains. « A chaque jour suffit sa peine », dit l’adage populaire. La vie de l’homme ressemble à un cycle où se succèdent  peine et souffrance de mal en pire, l’attente et la déception, la vaine gloire et la cruelle désillusion au sujet de l’inanité de toute action humaine. Tout est vain, tout n’est que lassitude, tout est « du déjà vu ». Le Livre de l’Ecclésiaste abonde en images tirées de la vie quotidienne qui montrent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et que quoi que l’homme fasse, il ne sort pas du train-train de la vanité de l’existence. « Une génération s’en va, une autre arrive, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera. » Ce passage rappelle bien la philosophie héraclitéenne : tout coule, tout s’en va, rien ne s’arrête, on ne se baigne pas deux fois dans la même eau. Malheureusement, l’inconsistance rime avec l’inconstance des choses qui coulent sans répit : c’est le cycle de la vanité.

Pour l’Ecclésiaste, la vanité s’incruste dans l’obstination et la répétition lassante de l’histoire des hommes. Tout est vanité, parce que « ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Là où l’Ecclésiaste semble s’accorder avec Héraclite, c’est quand il écrit que les événements futurs ne laisseront pas de souvenir après eux, car il ne restera pas de souvenir d’autrefois. Le drame de la condition humaine, c’est non seulement que les événements surviennent sans rien apporter de nouveau, mais que faute de souvenir, l’homme se rend compte à peine de la platitude de ses jours. Il s’accroche à toute apparente nouveauté comme s’il y trouverait l’objet de satisfaction de ses vils soupirs. On comprend l’amertume de Pascal quant il dépeint l’homme qui ne jure que par le divertissement. S’il existe un homme qui prend la vraie mesure de l’ennui de l’existence, c’est peut-être Schopenhauer : « La vie oscille donc, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. »  André Comte-Sponville a pu écrire que c’est la phrase la plus triste de l’histoire de la philosophie. Le présupposé de cette pensée n’est-il pas que seule la conscience de la primauté de l’Etre consolide durablement l’ouvrage des mains humaines ?

Emmanuel AVONYO, op

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