Pensée du 20 juillet 14

Philosophie ou Philosophies négro-africaine(s) ?

« Il n’y a pas une philosophie négro-africaine, on ne peut parler que des philosophies négro-africaines. La pluralité est ici liée à l’histoire africaine qui n’a ni unité de lieu (elle s’est déroulée en Afrique, mais aussi en Europe et aux Amériques), ni unité de temps. »

Bidima J.-G., La philosophie négro-africaine, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1995, p. 3. (Souligné par l’auteur).

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GRILLE DE LECTURE

Selon M. Bidima, qui continue ici Kant, M. Houtondji et bien d’autres, il n’existe pas une philosophie négro-africaine parce que cette philosophie n’est pas une unité mais une double pluralité : d’espace d’abord et de temps ensuite. Pourquoi faire cette précision ? En réalité, M. Bidima veut justifier l’utilisation du singulier dans son titre, titre qu’il juge lui-même « d’intitulé massif » qui veut saisir les philosophies négro-africaines dans leur processus de fragmentation. Mais est-ce que cet argument est si intéressant qu’il n’y paraît ? M. Bidima argumente selon le fait que la philosophie africaine n’existe pas parce qu’il n’existe pas un lieu dans lequel s’est déroulée l’histoire africaine et qu’il n’existe pas un temps pendant lequel ladite philosophie se serait développée. Peut-on dire la même chose des diverses philosophies qui peuplent le monde ? Peut-on par exemple dire qu’il n’existe pas de philosophie française justement parce que l’histoire de la France ne s’est pas que déroulée en France ? Elle s’est parfois déroulée en Angleterre, mais surtout dans les colonies d’Afrique, et depuis l’histoire de la « françafrique » et de l’influence d’Omar Bongo sur la politique française, on peut même se demander si, à un moment de l’histoire, l’histoire de la France n’était pas dictée par l’Afrique. En plus, il n’y a pas un temps – qu’il peut comprendre par une époque – pendant laquelle se serait déployé l’esprit français puisqu’il se déploie encore aujourd’hui ? Doit-on alors renoncer à parler de philosophie française ? Plus loin, qu’est-ce que la philosophie ? En effet, on devrait, puisqu’il n’existe ni un lieu ni un espace de temps dans lequel se serait développée la philosophie, conclure que la philosophie n’existe pas, et poser la question au pluriel : qu’est ce que les philosophies ? On comprend par là que l’argument de M. Bidima, développé jusque dans ses limites devient purement suicidaire.

Voir le blog de Jean Eric BITANG

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