Semaine du 21 septembre
>>> ontologie et phénoménologie
>>>LE CONCEPT D’EXISTENCE ENTRE PHENOMENOLOGIE ET ONTOLOGIE >>>
La phénoménologie est l’étude descriptive des phénomènes tels qu’ils se manifestent dans le temps et l’espace ; elle désigne aussi le mouvement philosophique s’inspirant de cette méthode. Elle procède par un retour aux données immédiates de la conscience, permettant de saisir les essences des êtres et les structures transcendantales (pures, hors de toute détermination empirique) de la conscience. C’est une méthode philosophique développée par Husserl et visant à fonder la philosophie comme science rigoureuse échappant à la critique des sciences. Plusieurs phénoménologues de différentes tendances lui ont succédé : Max Scheler, Martin Heidegger, Hans-Georg Gadamer (herméneutique phénoménologique), Jean-Paul Sartre, Emmanuel Levinas, Maurice Merleau Ponty, Paul Ricœur, Michel Henry, Claude Romano (phénoménologie de l’événement), Marc Richir, Jean-Luc Marion (phénoménologie de la donation)… Nombre de ces philosophes se sont complètement démarqués de la phénoménologie de Husserl.
Selon André Lalande, le terme « Phénoménologie », qui n’est entré que récemment dans la littérature philosophique, aurait été créé par LAMBERT en 1764 et servi à intituler la quatrième partie du Neues Organon. Ce terme a été progressivement employé en des sens très différents quoiqu’ils se rattachent plus ou moins directement à son étymologie :
Chez Kant, l’expression apparaît pour la première fois dans un titre de ses Premiers principes métaphysiques de la science de la nature, traitant du mouvement et du repos dans leur rapport avec la représentation, c’est-à-dire, en tant que caractères généraux des phénomènes ; chez Fichte, pour rendre compte de l’extériorisation et de la phénoménalisation du principe du savoir ; chez Hegel, en 1807, dans « Phénoménologie de l’Esprit », l’histoire des grandes étapes successives, des approximations et des oppositions par lesquelles l’Esprit s’élève de la sensation individuelle jusqu’à la Raison universelle ; chez Hamilton, en 1840, pour désigner la psychologie en tant qu’elle s’oppose à la logique « science des lois de la pensée en tant que pensée » ; avec Hartmann, en 1869, pour qui la phénoménologie est la conscience morale : c’est un inventaire aussi complet que possible des faits de conscience morale empiriquement connus, l’étude de leurs rapports et la recherche inductive des principes auxquels ils peuvent se ramener.
La phénoménologie comme mouvement philosophique et comme méthode se présente comme une tentative pour résoudre l’antinomie (contradiction, opposition, paradoxe) entre l’empirisme et l’idéalisme. Tandis que l’idéalisme désigne la tendance philosophique qui consiste à ramener toute existence à la pensée (sans nier l’existence réelle du monde), l’empirisme fait dépendre la connaissance de l’expérience, de l’habitude, en déniant à la raison toute possibilité de connexion causale. Pour dépasser cette opposition, la phénoménologie qui décrit les choses dans leur apparaître, affirme d’un côté le primat de l’intuition sur toute construction, et d’autre part, le triomphe de la constitution transcendantale sur la naïveté de l’homme naturel.
La phénoménologie husserlienne s’appuie sur le concept fondateur de l’intentionnalité et sur la méthode de la réduction. Chez les Scolastiques, l’intentionnalité est l’orientation de la pensée vers un être qui devient ainsi présent à l’esprit intentionnellement. Dans la philosophie contemporaine, l’intentionnalité exprime cette propriété de transcendance que possède la conscience de se rapporter à un objet qui se distingue d’elle. L’objet est à son tour défini dans sa relation à la conscience. Ce qui faisait dire à Husserl que « toute conscience est conscience de quelque chose ». Cette phénoménologie est la science des phénomènes dans leur manifestation au sujet et la science de l’expérience et des vécus de la conscience.
En vue de faire de la philosophie une science rigoureuse, Husserl s’approprie l’idéal cartésien de l’évidence apodictique, qui porte en elle-même sa propre garantie, il suspend les théories scientifiques et philosophiques, ainsi que les croyances naturelles, et découvre dans l’intuition des évidences immédiates son point de départ. L’intuition se dégage comme la source de toute connaissance, les objets s’y donnent à la conscience. La phénoménologie husserlienne dévoile l’immédiat par l’opération de purification qu’est la réduction. C’est une mise en épochè, entre parenthèses, du monde simplement là, une abstraction de la réalité qui conduit aux significations pures.
On distingue différents types de réduction : la réduction transcendantale ou phénoménologique et la réduction éidétique. La réduction phénoménologique veut saisir le monde non pas dans sa réalité de fait (mise en épochè) mais dans sa réalité immanente à la conscience. Elle comporte une phase de négation des jugements empiriques sur le monde, et une phase de constitution transcendantale du sens pour le sujet. Quant à la réduction éidétique, elle recherche les structures idéales et les essences en dégageant sous la diversité mouvante des phénomènes contingents, les caractères nécessaires. Ainsi, en éliminant la facticité, l’esprit intuitionne l’Eidos, comme forme essentielle.
Retenons que la phénoménologie husserlienne est une philosophie du sens et de la méthode qui s’enracine dans l’acte du Cogito et qui se présente comme un néo-cartésianisme (cf. Médiations cartésiennes) C’est aussi une science transcendantale établissant les structures universelles de l’objectivité. Elle se veut le dépassement résolu de l’empirisme et de l’idéalisme en alliant l’intuition cartésienne et la constitution kantienne dans la notion de donation de sens propre à la conscience. Heidegger fut le premier à s’opposer à Husserl et à ouvrir le champ des phénoménologies de l’existence par une ontologie critique de la métaphysique. Merleau-Ponty portera cet élan de rupture à sa maturité en développant une phénoménologie de type existentiel. Celle-ci est la phénoménologie transcendantale devenue méthode et mise au service de la problématique centrale de l’existence de l’homme concret. Merleau-Ponty et ses successeurs, dont Paul Ricœur (phénoménologie de la volonté), ne se fondent plus sur le « Je pense » kantien, mais sur l’existant, un Je personnel enraciné dans l’effectivité d’une existence vécue.
Nous vous suggérons vivement de compléter et préciser vous-mêmes ces informations données en lambeaux, vu l’espace limité qui nous est imparti. Bonne semaine.
L’Atelier des concepts,
Emmanuel AVONYO, op
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>>>L’IDEE DE LOGIQUE DE L’EXPERIENCE DANS LA PHENOMENOLOGIE D’EDMUND HUSSERL >>>
>>>LE CONCEPT D’EXISTENCE ENTRE PHENOMENOLOGIE ET ONTOLOGIE
Publié par Socrate le 21 septembre 2009 à 13:28
tout en vous félicitant pour cette explication, je voudrais vous demander pourquoi vous ne faites pas mention du phénoménisme en parlant de phénoménologie. Finalement après votre historique, vous ne nous dites pas qui est le vrai fondateur de la phénoménologie. Cette remarque vise à vous assurer que nous lisons les articles publiés. Félicitations pour cette initiative. Maintenant, votre site n’est pas connu des étudants en philosophie. Faite le connaitre
Socrate
Publié par du PLESSIX le 18 février 2011 à 12:15
félicitation ! je ne suis pas dans la philosophie en tant qu’expert mais je m’y plonge volontiers dans la pratique du “management”. La phénoménologie touche du doigt des aspects très concrets dont il faut savoir extrapoler l’approche. Merci. C’est avec plaisir que je m’abonne pour recevoir vos réflexions philosophiques.
Cordialement
Arnauld
Publié par L'Academie de Philosophie le 18 février 2011 à 23:03
Bonjour Arnaud, bienvenu à l’académie. Merci de l’intérêt marqué pour notre blog. On n’a jamais fini d’être expert en philosophie. Sinon, il n’y pas pas d’expert en philosophie. Tous les jours, on recommence, surtout lorsque la vie devient buisson ardent, et les évidences, des questions brûlantes. L’important est donc d’avoir commencé un jour. Nous espérons que vous trouverez ici matière à méditation philosophique. Bien à vous !
Emmanuel
Publié par Frédéric Fabre le 6 janvier 2012 à 13:29
Présenter la phénoménologie est certainement un exercice philosophique particulièrement difficile, d’autant que le mot “phénoménologie” prend des sens différents selon les auteurs. Le texte d’Emmanuel Avonyo a au moins l’avantage de présenter un caractère didactique. Je ne suis pas un spécialiste, mais j’aurais quand même une petite objection à formuler: lorsqu’il est dit que la phénoménologie “procède par un retour aux données immédiates de la conscience”, cela semble privilégier l’aspect empirique, ce qui semble en contradiction avec l’idée que la phénoménologie devrait résoudre “l’antinomie entre l’empirisme et l’idéalisme”. En ce sens, la phénoménologie devrait plutôt constituer une généralisation et une objectivation de la recherche des conditions de l’aperception (au sens kantien); généralisation signifiant ici que l’on ne se limite pas aux formes a priori, mais aux conditions logiques de l’expérience. Une approche phénoménologique serait ainsi plus en accord avec la méthode scientifique, notamment en physique, où les modes de raisonnement peuvent échapper aux représentations qui trouvent leur source dans l’esprit humain, mais où c’est au contraire l’exploration du réel qui permet à l’esprit de découvrir, en vertu d’un principe de transposition (husserlien, puis popperien), des modes de raisonnements émergents (v. sur mon site: Refaire le monde 3, complément à la théorie des trois mondes, http://www.dblogos.net/er/txt3.php). La phénoménologie reste ainsi une discipline ouverte, susceptible d’être elle-même informée par les progrès des connaissances, notamment par le développement et l’interprétation de nouveaux formalismes en physique.
Publié par BABAKALA Henri-claude le 16 mars 2012 à 21:21
la temporalité est pour moi une et une seule condition de possibilité pour appréhender le dasein. il s’explique que dans et par le temps