Culture et technologie ; technologie et besoin
« La traite négrière et la colonisation enseignent précisément qu’il n’y a aucune commune mesure entre une sagaie et un mousquet, un javelot et un canon. Telle est l’exacte mesure de l’arriération culturelle et technologique de l’Afrique. »
Kabou A., Et si l’Afrique refusait le développement ?, Paris, L’Harmattan, 1991, p. 120.
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GRILLE DE LECTURE
Mme Kabou continue son argumentaire en rapport avec la hiérarchisation des cultures en prenant appui sur les réalisations technologiques. Mais notre auteure, avant de comparer les différents produits scientifiques, a-t-elle conscience que la science dépend largement du milieu et des besoins du peuple ? En effet, les hommes ne créent pas des objets pour rien, car l’être de l’objet est justement d’être-utile. Pourquoi inventer le tracteur alors qu’on ne cultive la terre que pour sa famille ? Pourquoi inventer le mousquet alors qu’on n’a pas des envies de conquérir ? Idem pour le javelot et le canon. Ce n’est pas que le javelot est ontologiquement inférieur au canon, c’est qu’il ne répond plus aux besoins impérialistes. Si on ne compte pas naviguer, pourquoi inventer des pirogues, et si on ne compte pas soumettre le reste du monde, pourquoi inventer des caravelles ? Ce n’est pas parce que les Africains d’hier n’avaient pas les moyens d’inventer autre chose que ce qu’ils ont inventé qu’ils sont inférieurs. Ils ont inventé ce dont ils avaient besoin. Peut-on donc juger de l’infériorité d’une culture et par là d’un peuple par rapport aux besoins de ce dernier ? En réalité, on ne peut juger que les besoins sans que cette comparaison ne déteigne sur l’être des peuples. Dans cette optique, un peuple aux besoins inférieurs n’est pas nécessairement inférieur à un peuple aux besoins plus avancés.
Voir le blog de Jean Eric BITANG
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