Pensée du 31 mars 11

« La chose étonnante, c’est que l’homme du XIXe siècle n’ait pas effectivement reconnu dans la philosophie de Hegel la réponse définitive à son exigence dans le domaine de la pensée, à son exigence spirituelle essentielle ; la chose étonnante, c’est qu’au lieu de s’évader dans toutes les directions (comme si rien ne s’était passé), il ne se soit pas contenté de repenser la sagesse de Hegel, ou en tout cas de la formuler en termes nouveaux, de la corriger avec prudence dans ses parties les plus faibles, et tout le reste, d’en faire l’application dans toutes les directions, avec un sentiment de reconnaissance… Pourquoi Hegel n’est-il pas devenu pour le monde protestant ce que Thomas d’Aquin est devenu pour le monde catholique ? Comment a-t-il pu se faire que déjà peu de temps après sa mort – et d’une façon toujours plus accentuée à partir du milieu du siècle – on ait en général commencé à considérer son œuvre avec un sourire de pitié, comme un point de vue dépassé (tout en se nourrissant subrepticement de certains éléments isolés de sa pensée) ?»

Karl BARTH, Hegel, Cahiers théologiques 38, p. 7-8.

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